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| Liste des auteurs |
François
Cavanna est né en 1923 à Nogent-sur-Marne, de père
italien et de mère nivernaise. Son enfance, c'est la banlieue des
bords de Marne, la chaleur de la communauté italienne, la liberté
- il l'évoque dans Les Ritals (1978). A partir de 1945, début de sa carrière de journaliste. En 1949, il devient dessinateur humoristique. En 1960, il crée avec des camarades Hara-Kiri, « journal bête et méchant ». En 1968, c est l'hebdo qui connaît le succès que l'on sait et qui devient en 1970 Charlie-Hebdo, disparu en janvier 1982. Depuis 1985, Cavanna a presque entièrement renoncé au jour-nalisme pour se consacrer à l'écriture. Source : Le Livre de Poche, LGF Des années que je le lis, François Cavanna, des années que je le trimbale avec moi, comme un indispensable vieux copain. Précieux Cavanna, dont les coups de sang sont aussi beaux, justes et sincères que les immenses élans de tendresse. Et voilà qu'il était là, à l'endroit et au moment où nous avions rendez-vous. Avec sa bonne tête et ses yeux tendres et malicieux. J'avais une heure, tout juste. Après quoi un taxi l'emballerait pour filer je ne sais plus où. Une heure Je me demandais par quel bout j'allais l'aborder. L'écologie? Sa défense passionnée des animaux? La langue française? Les romans? Le journalisme ? Le dessin? Pendant que je cherchais, Cavanna m'a dit salut; il m'a demandé si je voulais une bière. Et je me suis mis à causer avec lui tranquillement. Comme avec un vieux copain. Peut-être parce que nous étions dans les locaux de Charlie Hebdo, c'est de journalisme que Cavanna a d'abord parlé. Et en particulier de la réaction suscitée à l'époque - nous sommes au début des années soixante - par la parution de Hara-Kiri. «À l'époque, Hara-Kiri a suscité le scandale, se rappelle Cavanna. Charlie Hebdo aussi, un peu plus tard. Pas tant par ce qu'on disait, d'ailleurs, que par la façon dont on le disait. Par ce ton irrévérencieux, sans doute, mais surtout populaire. On parlait ce langage que même les gens bien élevés parlent lorsqu'ils sont détendus.» Cavanna est conscient que ces publications ont en quelque sorte fait école: «Toute modestie à part, on peut dire qu'on a fait un trou. On a osé. Et des tas de gens se sont engouffrés dans ce trou. Ce style a envahi toute la presse, la bonne comme la mauvaise d'ailleurs.» Ce qui faisait scandale hier est aujourd'hui largement admis et pratiqué. Mais alors que reste-t-il, dans la grande presse, de cet esprit qui animait les pionniers de Hara-Kiri? Cavanna est formel: «De cette liberté inaugurée par cet esprit véhiculé par Hara-Kiri, ils n'ont retenu que la liberté de style, de ton: le côté caca boudin: ''Ah! On peut parler de poil! On peut parler de la bite de Clinton!'' Et c'est tout.» Car par-delà ce style bien particulier, Hara-Kiri hier comme Charlie Hebdo aujourd'hui sont surtout précieux pour leurs lecteurs par les sujets qu'ils abordent, par ce qu'ils dénoncent comme par les valeurs qu'ils défendent et qui s'appellent rationalisme, humanisme, écologisme - entre autres. Parmi les bêtes noires de Charlie, la publicité. Cavanna a été et reste intraitable à son sujet: la publicité est con et elle rend con. Je lui raconte donc ce mouvement qui se dessine chez nous et qui conduit à son intrusion dans les écoles, voire dans les hôpitaux. «Et les impôts? Et l'argent des impôts? s'indigne Cavanna. La notion de service public est en train de disparaître. Ici, tout cela a commencé avec l'Administration des eaux et forêts, un organisme qui était fait pour dépenser de l'argent, pour gérer un patrimoine. On l'a remplacé par un Office chargé de rentabiliser la forêt française et qui plante des conifères en rangs d'oignons parce que ça rapporte tant. Tu payes quand même tes impôts, mais en plus il faut que le service public rapporte. Il faut donc rentabiliser l'école, maintenant? Mais c'est le libéralisme poussé jusqu'à sa caricature! L'hôpital est là pour rapporter du fric? Mais l'hôpital est là pour coûter du fric! Les chercheurs, les labos et tout ça, ils sont là pour coûter du fric. C'est nous qui les payons et je veux bien les payer, je paye même de bon coeur si je sais que mon fric va là. Et même s'il arrive qu'une partie de ce fric soit détourné. Car ce qui est infâme et bien pire que le détournement de fric, c'est la rentabilisation. Car alors on va trier, on ne va s'occuper que de ce qui est vraiment rentable et on va négliger des tas de secteurs.» Charlie Hebdo, pour sa part, vit sans aucune publicité. Il se paye même le luxe, à chaque numéro, de souligner l'imbécillité d'une pub en prenant bien soin de nommer l'agence qui l'a conçue. Mais un journal qui vit sans pub, comment fait-on pour y arriver? «C'est possible, mais il faut que le journal soit rustique, explique Cavanna. Le papier est bon marché. On imprime en noir et une couleur. Pas de photo, parce que le papier ne le supporterait pas. Et puis une gestion très serrée et du militantisme de la part de ceux qui le font. Je ne veux pas dire militant politique: je veux dire militant journaliste. Quelqu'un qui fait son métier avec autre chose que simplement de la conscience professionnelle. Mais c'est ça le journalisme! À ce moment-là, le journalisme est la vraie profession sacrée qu'on encense, mais qui autrement est un tas de merde.» On vient avertir Cavanna: le taxi sera là dans dix minutes. Juste le temps de parler un peu de ce style d'écriture très personnel qu'il pratique. Dans le journalisme, d'abord, où il a développé une écriture vivante, claire, attachante aussi. «Il faut que le lecteur se sente interpellé, même quand tu ne l'interpelles pas. Il faut qu'il sache qu'on est en train de lui parler à lui, que c'est une conversation qu'on a tous les deux.» Novateur en matière de style, de ton et de contenu, Cavanna l'a également été dans l'écriture de romans, qui l'occupe depuis trois décennies. Il raconte: «Pour les romans, j'écris les livres que j'aimerais qu'on écrive pour moi. J'écris les livres que j'aimerais lire. Sauf les polars: je ne me sens pas capable d'écrire un polar. J'aime bien les polars, mais il faut qu'ils soient vraiment bons. En ce moment, je trouve que le polar est en train de dégénérer vers le suspense.» Mais Cavanna rappelle aussi qu'écrire des romans, c'est un métier de fou, qui ne nourrit guère son homme ou sa femme, à moins d'être la machine à succès qui pond le best-seller à tous les coups. Et encore, précise-t-il: malgré toutes les recettes du monde, rien n'est garanti. Le taxi est arrivé. Je n'aurai pas le temps de lui demander d'évoquer pour moi ces ouvriers dont il a si bien parlé et qu'il a côtoyés parce qu'il a été l'un d'eux: ces maçons, ces imprimeurs et surtout ces typographes, fins connaisseurs de la langue - l'aristocratie ouvrière - et qu'il raconte si bien. Comme il raconte si bien l'impact de l'informatique sur ces métiers, qui ont en fait disparu avec son avènement. La prochaine fois, au Québec peut-être, Monsieur Cavanna? Le goût de comprendre François
Cavanna est né en 1923, à Nogent-sur-Marne. Son père
est italien, sa mère nivernaise. Il raconte son enfance au sein
de cette famille immigrée dans Les Ritals, une autobiographie poursuivie
dans trois autres volumes. «C'était d'ailleurs exactement ce que ceux qui m'enseignaient voulaient donner: une initiation qui te rend gourmand, tu vois? Qui te fait connaître cette espèce d'orgasme du moment où tu comprends - un mécanisme, une loi, un phénomène, une démonstration. Après ces études,je me suis engouffré dans les bouquins. Et encore maintenant, tu sais, je n'arrête pas.» Le petit rital est également devenu français par cette école où l'instituteur institue la Nation et y intègre. Il n'a pas de regret. Il oppose volontiers cette expérience républicaine qu'il a vécue à la ghettoïsation qui lui semble caractériser le modèle américain d'intégration. «En France, en une génération, l'intégration, c'était fait. Ce sera peut-être un peu plus dur pour les gens d'Afrique du Nord, avec ces obstacles religieux qui se sont dressés. Mais la génération qui va à l'école, ça y est: elle est française.» Sa carrière de journaliste et d'écrivain s'est amorcée en 1945. C'est en 1960 que Cavanna crée Hara-Kiri, le célèbre journal «bête et méchant». En 1970, c'est Charlie Hebdo, qui mourra en 1982, pour reparaître en 1992, à l'initiative de Philippe Val, de Gébé et de Cabu. Depuis les années soixante, François Cavanna poursuit la publication d'un nombre important d'ouvrages où alternent essais, romans, recueils de chroniques, autobiographie et livres d'humour. Ao! Espaces de la parole Autodidactiques > Lectures pour tous par Normand Baillargeon
Cavanna, c'est plus de 40 bouquins à savourer entre deux chroniques hebdomadaires dans Charlie. Entre autres: Mignonne, allons voir si la rose. Où il dit son amour passionnel de la langue française et tempête contre la réforme de l'orthographe et ceux qui osent l'envisager. Et le singe devint con. Une histoire de l'humanité racontée à la façon - inimitable - de l'auteur. Les Écritures. Quand Cavanna raconte les aventures de Dieu et celles du petit Jésus. Le Hun Blond, chez Albin Michel. Un roman historique dont l'action se déroule en 451 après JC. |