CHRONIQUES DE L'OISEAU A RESSORT
 
Haruki MURAKAMI
 
Traduit du japonais par Corinne Atlan avec Karine Chesnau
Aux éditions du Seuil
Paru à Tokyo en 1994 et 1995 - en 2001pour l'édition française
848 pages
ISBN : 2-02-068625-2
 
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Bibliothèque virtuelle
 

"Quelques indices : c'est un endroit que tu peux trouver toi aussi en réfléchissant bien. Un endroit que tu peux imaginer si tu en fais l'effort. Ce n'est ni une école, ni un hôtel, ni un hôpital, ni une prison, ni une maison. Un lieu un peu spécial, et qui est loin, très loin. C'est... un secret ! Pour l'instant du moins."


 

Résumé :

Présentation de l'éditeur :

Un chat égaré, une inconnue jouant de ses charmes au téléphone, des événements anodins suffisent à faire basculer la vie d'un jeune chômeur, Toru Okada, dans un tourbillon d'aventures. L'espace limité de son quotidien devient le théâtre d'une quête sans cesse renouvelée où rêves, réminiscences et réalités se confondent. Aucune frontière, physique ou symbolique, ne résiste à l'effervescence des questionnements qui s'enchaînent au rythme de rencontres déroutantes, chacune porteuse d'un secret, d'une fragilité propre. Haruki Murakami (La Course au mouton sauvage, La Ballade de l'impossible) tente de nous donner à voir la part d'ombre des choses et des êtres. Replaçant la méditation bouddhique dans la violence contemporaine du japon ou d'ailleurs, il se propose d'explorer nos ténèbres intérieures. Sans se départir d'un humour où perce la détresse, il emmène le lecteur dans un monde fantastique où, toujours plus fuyante, la réalité n'en devient que plus envoûtante.

 

Extrait :

Au matin, Creta Kano avait perdu son nom.

L’aube commençait à poindre quand elle se redressa doucement sur le lit. J’ouvris les yeux, et vis les premières lueurs du jour pénétrer dans la chambre à travers le rideau. Puis je la vis, elle, qui me regardait, assise à mes côtés.
(…)
– Vous ne voyez pas un nom adapté à celle que je suis maintenant ?

Je réfléchis un bon moment, en vain.

– Vous devez sans doute le découvrir par vous-même. Vous être une autre maintenant, une personne indépendante. Et même si cela doit vous prendre du temps, je suis certain qu’il nest préférable que vous trouviez votre nom vous-même.

– Mais c’est difficile de trouver pour soi-même le nom adéquat.

– Bien sûr, admis-je, ce n’est pas facile. Car le nom représente l’intégralité d’une personne dans certains cas. Peut-être vaudrait-il mieux que moi aussi à présent je n’aie plus de nom du tout, comme vous.
Assise sur le lit près de moi, la sœur de Malta Kano toucha ma joue gauche du bout du doigt. La tache de la taille d’un poing de bébé était toujours là, apparemment.

– Si vous n’aviez plus de nom à présent, monsieur Okada, comment devrais-je vous appeler ?

– Oiseau à ressort. C’est du moins le seul nouveau nom envisageable pour moi.

– Monsieur Oiseau-à-ressort, répéta-t-elle en écho, avant de laisser les syllabes flotter dans l’air pour les admirer. Je trouve que c’est un nom magnifique, mais qu’est-ce que c’est que cet oiseau ?

– L’oiseau à ressort existe réellement. Je ne sais pas à quoi il ressemble. Je ne l’ai jamais vu. La seule chose que je connaisse de lui, c’est son cri : ki kii kiii ! Il se perche sur une branche d’arbre et remonte régulièrement la pendule du monde. Sans son intervention, le monde ne peut pas fonctionner. Tout le monde l’ignore. Les gens sur Terre croient que le monde fonctionne correctement grâce à un mécanisme gigantesque, complexe, splendide. Eh bien, non. En fait, l’oiseau à ressort se rend dans toutes sortes d’endroits, et là où il est, il remonte peu à peu les petits rouages qui font marcher le monde. C’est un oiseau tout simple, à l’image d’un jouet mécanique. Mais son mécanisme est spécifique à l’oiseau à ressort.  (Pages 418-419)

 

 

Critique/Presse :

"Qualifié de «surréalisme soft», le style de Murakami joue sur la juxtaposition insolite des images ou des situations" Magazine Lire

Petite remarque perso : Roman labyrinthe où le temps, le rêve et la réalité se mêlent... Incroyable histoire que celle que nous raconte Murakami, et le lecteur se laisse emporter sans réserve ! Difficile de parler de ce livre en quelques mots... s'il ne fallait retenir qu'une seule impression de toutes celles qu'il suscite, ce serait encore et toujours avec Murakami ce décrochement du réel vers l'imaginaire, voire le fantastique, mais un fantastique toujours relié à la réalité banale de telle manière que le lecteur, au fil des pages, perd parfois lui aussi ses repères de lecture, le foisonnement des personnages, la densité des situations, le différentes périodes historiques abordées renforçant la sensation de "vertige"... Mais n'est ce pas précisément dans cette forme d'égarement que se trouve une partie de la magie de l'écriture de Murakami ?

possible.

 

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