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| Une
belle phrase d'Aragon mise en exergue au livre de Pierre Charras
:
"Et ce n'est que beaucoup plus tard que l'on saura le mal qu'on
eut"
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Fiche
:
Auteur Pierre Charras
Editeur Gallimard
Collection Folio
Format 11 cm x 18 cm
ISBN 2070314987
Résumé
:
Mot de l'éditeur
:
Sandrine
et Gabriel se connaissent depuis vingt-cinq ans. Pour éviter l'usure
irréparable de leur couple, ils imaginent ensemble un jeu. Ils
se donneront rendez-vous dans la rame du RER de 17 h 43, nom de code ZEUS,
à Nation. Sandrine décidera de descendre ou non de la porte
arrière de la troisième voiture.
19 secondes, 18 secondes, 17 secondes : Pierre Charras déroule
son intrigue au fil d'un impitoyable compte à rebours. Dix-neuf
secondes suffiront pour que le train quitte le tunnel, émerge dans
les lumières du quai, stationne et reprenne sa course. Dix-neuf
secondes au terme desquelles l'on bascule sans préavis d'une banale
affaire de rupture à une tragédie brutale, irréversible...
Interview
(Extrait)
Pierre Charras signe avec
Dix-neuf secondes un bouleversant roman sur le thème de la séparation
amoureuse et du surgissement apocalyptique de la mort au cœur du
quotidien. Rencontre avec le deuxième lauréat du prix du
Roman Fnac 2003.
Quelle
est la genèse de Dix-neuf secondes ? Êtes-vous particulièrement
attaché à la thématique de l'attentat ?
Je ne suis pas attaché à la thématique de l'attentat,
mais à celle du deuil. Mes livres sont sur le manque, sur l'absence,
sur le deuil. Il est vrai que lorsque l'on écrit un livre, il s'agit
souvent d'une terreur, d'une peur ou d'une angoisse que l'on a eue plusieurs
années auparavant. Dix-neuf secondes correspond aux attentats du
RER Saint-Michel. J'ai pensé à cette mort-là, non
pas à la mienne, mais à la mort de l'autre. Ce qu'on n'a
plus le temps de se dire. Mon livre présente des gens qui ont dix-neuf
secondes à vivre et qui ne les vivent pas. Ils se souviennent d'avant,
ils se projettent après, mais ils ne vivent pas le présent.
C'est quelque chose qui me semble nouveau. Dans les temps anciens il y
avait l'agonie, la maladie ou la vieillesse, on avait le temps. Là,
il y a une telle violence que cela vous prend par surprise. Cela m'intéressait
d'écrire là-dessus, sur ces gens qui ne vivent pas. Il se
trouve que j'ai perdu beaucoup d'amis ces dernières années
et ces amis, qui étaient malades, savaient vivre. Il leur restait
six mois, un an, deux ans à l'époque, et ils les vivaient
entièrement. Mes personnages, et c'est là la grande injustice
en dehors de la violence, ne vivent pas leur vie jusqu'au bout. Mourir
est une chose terrible, mais si la mort est prévue, il est au moins
possible de s'organiser, de faire un tout avec sa vie. De la même
manière que pour un écrivain, on peut faire un tout avec
son œuvre.
Est-ce
la principale réflexion que vous souhaitez provoquer chez vos lecteurs
?
Oui, c'est ce que je souhaite partager avec eux. Je veux partager cette
sorte d'inquiétude très nouvelle qui fait qu'il ne faut
pas perdre de temps. Je pense fondamentalement qu'il n'y a plus d'avenir.
Il en existe peut-être un, mais peut-être pas. Il faut commencer
à voir la vie autrement.
Propos recueillis
par Sandrine Fillipetti pour
la fnac le 02/09/2003
Extrait
:
C’était
un rendez-vous de désamour. Un coup de foudre à l’envers.
Un adieu, peut-être.
Mais nous voulions rester légers, éviter la posture du drame.
Alors nous avions imaginé un jeu. Sans doute pensions-nous que
si nous nous comportions comme des enfants, nous nous en tiendrions, pour
les blessures, aux genoux couronnés et aux bosses sur le front.
Et puis, nous nous aimions encore, je crois, et cela nous rassurait. Nous
gardions les yeux ouverts sur nos impatiences, nos désillusions,
nous tiédeurs. Il n’y avait pas d’urgence, ce n’était
pas un cataclysme qui menaçait, même pas un orage, mais plutôt
un brouillard, un crachin. Nous en étions au crépuscule
de nous-mêmes, mais de tels soirs peuvent s’éterniser.
Pour dire la vérité, nous n’avions pas irrévocablement
décidé de rompre. Il revenait à Sandrine seule de
refermer la porte que nous avions ouverte entre nous vingt-cinq ans plus
tôt. Elle seule pouvait partir ou ne pas partir. Je me plierais
à son verdict. Je m’en remettais entièrement à
elle, par amour ou par courtoisie. Par respect, sans doute. Par lâcheté
aussi, un peu, qui sait ?
Nous étions d’accord sur bien des choses, y compris le pire.
Parce que nous avions connu, l’un et l’autre, d’autres
histoires, d’autres fins d’histoire, nous avions perçu
presque ensemble le grattement, dans l’ombre, des bêtes affamées
résolues à nous dévorer vivants. C’est de cette
agonie que nous avions voulu faire l’économie. Alors nous
avions opté pour le sabordage, l’euthanasie. Nous nous trouvions
dans la situation ambiguë du condamné à mort qui se
suicide pour échapper au supplice. (Page 16)
_______________
Il a beaucoup
de mal à classer les adolescents avec précision entre quatorze
et dix-neuf ans. Comme si, au sortir de l’enfance, ils basculaient
tous d’un bloc dans un âge commun. C’est à cause
de cette dureté qu’ils ont aujourd’hui, indépendamment
de leur milieu social, de l’entente de leurs parents, de leurs expériences
intimes. Pendant quelque temps, après qu’ils ont quitté
les rêves des premières années et qu’ils échappent
encore au illusions auxquelles les adultes sont bien obligés de
se raccrocher pour survivre, ils sont durs, tout droits, héroïques,
pourrait-on dire. Ils font bravement face à un avenir menaçant,
désespérant, désespéré. Emmanuel les
trouve admirables. Surtout les filles. Avec leur brutalité, leur
intransigeance. Dans tout ce qui, chez elles, irrite la plupart des gens,
il sent de la force, de la liberté, la possibilité qu’un
jour, peut-être, l’humanité change. (Page 52)
Critique/Presse
:
Petite
remarque perso : Le livre commence avec l'histoire d'un couple
sur le point de se défaire. Pour se donner encore un peu de temps,
ils décident un jeu : il attendra sur le quai, elle prendra le
métro. Si elle déscend de la rame, ils continueront leur
chemin commun, sinon, leur histoire sera terminée. Dans la rame,
d'autres passagers ordinaires, chacun pris dans les mailles de sa propre
vie, évoquant leur passé, se projetant déjà
dans leur avenir. Les menus détails du quotidien... Pourtant, la
menace se précise mais il faudrait connaître la suite pour
en être conscient... Ce qui est le plus frappant, bien sûr,
c'est cette micro seconde où tout bascule. Toutes les vies... Quelques
souvenirs émergent encore, passé cet instant là,
chez ceux chez qui la vie s'attarde... et puis tout s'évanouit.
Mais "l'extra-ordinaire" de la situation est tel qu'il ne réalise
pas. Longtemps, il erre encore dans le scénario qu'il a constuit
pour cettre rupture inéluctable...
J'ai cependant eu un peu de mal à "adhérer" aux
toutes dernières pages...
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