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Né à Varsovie en 1936, Marek Halter est le fils d’un imprimeur et d’une poétesse yiddish. À l’âge de cinq ans, il s’échappe avec ses parents du ghetto de Varsovie. À leur arrivée en Ukraine, une patrouille de l’armée rouge les dirige vers Moscou. Puis, au début de la guerre germano-soviétique, Marek et les siens sont envoyés à Kokand, en Ouzbékistan. Tour à tour voleur et pionnier, il revient en Pologne en 1946. En 1950, Marek Halter et ses parents s’installent à Paris. Il se rend en Israël pour la première fois en 1951 et travaille dans un kibboutz. Mais il veut être peintre et, dès son retour à Paris, il s’inscrit à l’École nationale supérieure des Beaux-Arts En 1967, il fonde et préside le Comité international pour la paix négociée au Proche-Orient. Il est à l’origine des premières rencontres entre Israéliens et Palestiniens. En 1973, il est chargé d’un séminaire sur l’art et la politique à l’Université de Harvard aux États-Unis. C’est à Paris pourtant qu’il publie son premier livre, «Le Fou et les rois», qui est consacré à la paix au Proche-Orient. Ce livre obtient le Prix Aujourd’hui en 1976. Depuis, tout en consacrant une part importante de sa vie à la défense des droits de l’homme partout où ils sont bafoués (président de l’Institut Andréï Sakharov, de l’Institut international de la culture juive, cofondateur de SOS Racisme...), Marek Halter a publié plus d’une dizaine d’ouvrages, dont «La Mémoire d’Abraham» en 1983, Prix du Livre Inter. Aujourd’hui, Marek Halter préside deux universités françaises en Russie et dirige «Les Nouvelles Françaises», un mensuel bilingue franco-russe. "Marek
Halter appartient à la séduisante famille des conteurs.
Avec ce que cela manifeste de charisme et produit de trucages. Ce n'est
pourtant là qu'une facette de son prisme, car il est aussi peintre,
polyglotte, médiateur et cinéaste. Comme, en plus, il adore
l'autofiction, bien malin qui décèlera l'Histoire dans les
histoires de Marek Halter. Le récit enchantera toujours ; il n'emportera
pas toujours l'adhésion. Né Varsovie, la guerre disperse
la famille après l'avoir soumise au ghetto de Varsovie. L'enfant
passe d'un creuset culturel à l'autre. À cinq ans, la Pologne
est déjà derrière lui. À neuf ans, c'est l'Ousbékistan.
À quatorze, Paris. À quinze ans, le premier contact avec
Israël. À dix-sept, l'Argentine. À ce stade, Marek
Halter a déjà accumulé dans les soutes de sa mémoire
de quoi meubler les diverses existences qu'il va gonfler de son immense
énergie. Le monde socialiste l'a inscrit à gauche à
jamais, Paris a fait de lui un peintre, Israël l'a ému et
enraciné dans ses références définitives,
une demi-douzaine de langues et d'incessantes transplantations l'ont rendu
mobile, assuré, prompt au contact, au tutoiement et au réseautage.
L'œuvre littéraire qui en découle, telle qu'elle se
déploie de 1976 à nos jours, bénéficie de
cette irrigation d'une double façon : Marek Halter jongle sans
complexe avec les siècles et les continents, mais, partout et toujours,
c'est à la mémoire qu'il rend hommage. Une mémoire
dont il modifie les contours à son gré et sans toujours
le dire. Marek Halter est donc trop bon conteur pour son propre bien.
Qu’il rapporte ce qu’il a vu ou raconte ce qu’il extrait
de l’an 70, il rend tout si plausible qu’on oublie de demander
si tout est vrai. Quand le faux est beau, qui lui demande ses papiers
? Quand le vrai et le faux se couvrent de la même vraisemblance
et séduisent également, qui songe à les séparer
? Nanti de ce redoutable pouvoir, Marek Halter en déduit que les
règles classiques ne s’appliquent pas à lui".
Laurent Laplante - Auteur, commentateur et analyste
Le Fou et
les rois (Albin Michel, 1976) Prix Aujourd’hui |