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LETTRES A UN JEUNE POETE

Rainer Maria RILKE

 

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Fiche :

Auteur Rainer Maria Rilke
Traduction Marc B. de Launey
Editeur Gallimard
Collection Poesie
Nombre de pages 192 pages
Format 11 cm x 18 cm
ISBN 2070327884

Résumé :

Lettres à un jeune poète ("méditation sur la solitude, la création, l'accomplissement intérieur") est l'une des oeuvres les plus connue et les plus accessibles de Rainer Maria Rilke. L'aventure poétique de Rainer Maria Rilke n'est pas limitée à la seule création, elle recèle également une réflexion sur l'acte littéraire.Dans les Lettres à un jeune poète, l'auteur révèle ses doutes tout autant que ses joies de créateur. Il répond à une longue missive qui lui fut envoyée par Franz Xaver Kappus, âgé de 20 ans, dans laquelle le jeune homme se confiait entièrement à lui. Les dix lettres qui constituent ce recueil ont été écrites par Rilke entre 1903 et 1908. Elles retracent le processus de maturation de l'auteur tout autant qu'elles portent en germe les thèmes centraux des Élégies de Duino et Sonnets à Orphée, ses oeuvres maîtresses. Rilke endosse à l'égard de Kappus le rôle de guide, cherchant à clarifier les enjeux essentiels de la poésie. Il lui fait part de la solitude nécessaire à toute entreprise littéraire, de la confrontation vitale avec la réalité crue, et lui fait pressentir le bonheur des "aubes nouvelles", ces extases fugaces qui compensent la douleur de l'enfantement poétique. Un voyage aux sources de la création. --Lenaïc Gravis et Jocelyn Blériot

 

Extrait :

Une seule chose est nécessaire: la solitude. La grande solitude intérieure. Aller en soi-même, et ne rencontrer, des heures durant, personne - c'est à cela qu'il faut parvenir. Etre seul comme l'enfant est seul quand les grandes personnes vont et viennent, mêlées à des choses qui semblent grandes à l'enfant et importantes du seul fait que les grandes personnes s'en affairent et que l'enfant ne comprend rien à ce qu'elle font. S'il n'est pas de communion entre les hommes et vous, essayez d'être prêt des choses: elles ne vous abandonneront pas. Il y a encore des nuits, il y a encore des vents qui agitent les arbres et courent sur les pays. Dans le monde des choses et celui des bêtes, tout est plein d'évènements auxquels vous pouvez prendre part. Les enfants sont toujours comme l'enfant que vous fûtes: tristes et heureux; et si vous pensez à votre enfance, vous revivez parmi eux, parmi les enfants secrets. Les grandes personnes ne sont rien, leur dignité ne répond à rien.

 

[...] Cherchez en vous-mêmes. Explorez la raison qui vous commande d'écrire; examinez si elle plonge ses racines au plus profond de votre coeur; faites-vous cet aveu : devriez-vous mourir s'il vous était interdit d'écrire. Ceci surtout : demandez-vous à l'heure la plus silencieuse de votre nuit; me faut-il écrire ? Creusez en vous-mêmes à la recherche d'une réponse profonde. Et si celle-ci devait être affirmative, s'il vous était donné d'aller à la rencontre de cette grave question avec un fort et simple "il le faut", alors bâtissez votre vie selon cette nécessité; votre vie, jusqu'en son heure la plus indifférente et la plus infime, doit être le signe et le témoignage de cette impulsion. Puis vous vous approcherez de la nature. Puis vous essayerez, comme un premier homme, de dire ce que vous voyez et vivez, aimez et perdez. N'écrivez pas de poèmes d'amour; évitez d'abord les formes qui sont trop courantes et trop habituelles : ce sont les plus difficiles, car il faut la force de la maturité pour donner, là où de bonnes et parfois brillantes traditions se présentent en foule, ce qui vous est propre. Laissez-donc les motifs communs pour ceux que vous offre votre propre quotidien; décrivez vos tristesses et vos désirs, les pensées fugaces et la foi en quelque beauté. Décrivez tout cela avec une sincérité profonde, paisible et humble, et utilisez, pour vous exprimer, les choses qui vous entourent, les images de vos rêves et les objets de votre souvenir. Si votre quotidien vous paraît pauvre, ne l'accusez pas; accusez-vous vous-même, dites-vous que vous n'êtes pas assez poète pour appeler à vous ses richesses; car pour celui qui crée il n'y a pas de pauvreté, pas de lieu pauvre et indifférent. Et fussiez-vous même dans une prison dont les murs ne laisseraient parvenir à vos sens aucune des rumeurs du monde, n'auriez-vous pas alors toujours votre enfance, cette délicieuse et royale richesse, ce trésor des souvenirs ? Tournez vers elle votre attention. Cherchez à faire resurgir les sensations englouties de ce vaste passé; votre personalité s'affirmira, votre solitude s'étendra pour devenir une demeure de douce lumière, loin de laquelle passera le bruit des autres.

Autres extraits

Critique/Presse :

Les lettres à un jeune poète sont tout autant des lettres écrites par un jeune poète –Rilke a vingt-sept ans lorsqu'il répond pour la première fois , trente-deux ans lorsqu'il écrit la dernière lettre publiée- à un jeune homme dont la figure précise reste dans l'ombre de sorte qu'il devient, pour ainsi dire, l'éponyme, moins d'un âge, que d'une période de la vie, définie par un type de dilemmes. La force de ces lettres et leur très vaste lectorat tient d'abord à ceci que ce qu'on lit dans les réponses de Rilke prend un tour quasi universel en même temps qu'il y a suffisamment d'indications particulières pour ancrer la personne de Franz Kappus dans une réalité individuelle. C'est que ce dernier traverse ce moment inévitable, mais irréductiblement singulier dans l'expérience, au cours duquel chacun s'efforce de "passer" vers le monde adulte et de parvenir à être enfin vraiment soi-même. La poésie bien sûr n'est pas absente de ces lettres, mais c'est d'abord parce qu'elle est recherche d'une vérité intime. Il s'agit tout autant d'écriture en général, de création artistique, que, pour finir, de la raison intime qui détermine le choix d'existence que tout un chacun peut vouloir découvrir en soi. Extrait de la préface du traducteur.

"Paresse ou incompréhension, j'ai souvent eu de grandes difficultés à lire.
Les lettres que Rainer Maria Rilke (alors âgé de 28 ans) adressait au jeune poète Franz Kappus, me sont apparues comme une eau claire.

J'ai plongé dans cette lecture sans reprendre mon souffle.

Ma rencontre avec ces lettres reste un choc; une émotion au bord des larmes. J'aimerais vous faire partager cette émotion, et vous faire entendre toute la grandeur, toute la beauté de cette méditation intérieure." Barbara (Courant octobre 1991, Barbara, pour les éditions Claudine Ducaté enregistre Les lettres à un jeune poète de Rainer Maria Rilke. Dix lettres plus un sonnet de Franz Kappus sont lues. L'enregistrement a été commercialisé uniquement en cassette audio.)


Ce sont les Lettres à un jeune poète qui sont aujourd’hui l’œuvre la plus connue de Rainer Maria Rilke, celle qui semble résonner de la façon la plus contemporaine. Stan Neumann.

Nota : De l'importance de la traduction : Rilke aura été un défi aux traducteurs, ne fussent-ils conscients que de contribuer à la connaissance de la Weltliteratur. On ne compte plus les traductions des Lettres à un jeune poète, des Elégies de Duino (parfois traduites sous le titre Elégies duinésiennes) et des Sonnets à Orphée, sous la plume de traducteurs illustres ou non, mais dont le travail créateur nous aura toujours plus rapprochés du texte original; pour n'en retenir que quelques-uns, avec l'injustice que constitue ce type de liste: Arthur Adamov, Maurice Betz, Armel Guerne, Philippe Jaccottet, Jean-Yves Masson, Armand Robin, Claude Vigée. Tâche oh ! combien difficile, quand on sait que Rilke écrivit aussi des oeuvres en français : le doute du traducteur est ici encore plus fort que dans d'autres cas de traduction ! N'a-t-il pas sans cesse en tête l'anecdote du chant contenu dans les Carnets de Malte Laurids Brigge ? Alors que Rilke prise la traduction de la prose traduite par Maurice Betz, Rilke traduit lui-même ce chant et sa version lui semble " reproduire à peu près cet élan rythmique qui, dans le texte allemand, fait que la voix de la jeune fille s'élève au-dessus de la prose et se détache d'elle de son propre essor ". En fait, peu de poèmes avaient été traduits du temps de Rilke; quant à ses poèmes français, auxquels il a donné le même nom que celui de ses poèmes allemands, ils sont loin d'être des traductions. Comme le souligne Gerald Stieg: " Bref, Rilke, le maître traducteur, est convaincu que la traduction de ses poèmes en français n'est ni possible ni souhaitable ". Dans ces conditions, forts de l'expérience notamment de Rilke lui-même où, pour magnifier la musique, la traduction attente au sens, les traducteurs (Rémy Colombat, Jean-Claude Crespy, Dominique Iehl, Rémy Lambrechts, Marc de Launay, Jean-Pierre Lefebvre, Jacques Legrand, Marc Petit et Maurice Regnault) ont accordé la priorité aux structures sémantiques, parti pris qui, vu la qualité du travail de ces derniers, a pour effet de rapprocher la poésie de Rilke de la poésie française actuelle. François Mathieu

Petite remarque perso : S'il existe des livres de chevet, que l'on lit, relit et re-relit, Les lettres à un jeune poète en sont l'incarnation la plus parfaite. Il y a toujours quelque chose à "tirer" de ce genre d'ouvrage. Il nous aide à grandir, à sortir d'une situation difficile. Et jamais on ne se lasse de le prendre et de le reprendre. Il touche à notre intimité profonde, dit ce que nous pensons, ce que nous voudrions savoir dire. Et nous montre l'humanité telle que nous voudrions la connâitre et surtout l'être... Nous ouvre le chemin. Intemporel

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