Dessin: Henri Michaux, par Raymond Moretti Le Magazine Littéraire

Henri MICHAUX

 

 

 

Quelques extraits de l'oeuvre d'Henri Michaux

Liste des auteurs
 

« Les choses sont une façade, une croûte. Dieu seul est. Mais dans les livres, il y a quelque chose de divin.
Le monde est mystère, les choses évidentes sont mystère, les pierres et les végétaux. Mais dans les livres peut-être y a-t-il une explication, une clef.
Les choses sont dures, la matière, les gens, les gens sont durs, et inamovibles.
Le livre est souple, il est dégagé. Il n’est pas une croûte. Il émane. Le plus sale, le plus épais émane. Il est pur. Il est d’âme. Il est divin. De plus il s’abandonne ».
« ... Dans les livres, il cherche la révélation. Il les parcourt en flèche. Tout à coup, grand bonheur, une phrase ....un incident... un je ne sais quoi, il y a là quelque chose... Alors il se met à léviter vers ce quelque chose avec le plus qu'il peut de lui-même, parfois s'y accole d'un coup comme le fer à l'aimant. Il y appelle ses autres notions « venez, venez ». Il est là quelque temps dans les tourbillons et les serpentins et dans une clarté, qui dit « c'est là ». Après quelque intervalle, toutefois, par morceaux, petit à petit, le voilà qui se détache, retombe un peu, beaucoup, mais jamais si bas que là où il était précédemment. Il a gagné quelque chose. Il s'est fait un peu supérieur à lui-même.
Il a toujours pensé qu'une idée de plus n'est pas une addition. Non, un désordre ivre, une perte de sang-froid, une fusée, ensuite une ascension générale.
Les livres lui ont donné quelques révélations. En voici une : Les atomes. Les atomes, petits dieux. Le monde n'est pas une façade, une apparence. II est : Ils sont., Ils sont, les innombrables petits dieux, ils rayonnent. Mouvement infini, infiniment prolongé. »

Henri Michaux
Plume précédé de Lointain intérieur, Gallimard - 1938

BIOGRAPHIE :

Il débute sous le signe de la solitude et du refus: une adolescence difficile, une anorexie qui traduit l’angoisse que provoque en lui le monde qui l’entoure; un espoir cependant, qu’il existe quelque part un "secret" , d’où l’appel de l’ailleurs: matelot (1920), il découvre Lautréamont et commence à écrire.

Il s’installe à Paris (1925) où il est accueilli par Supervielle, et entreprend un voyage en Equateur (1927). Ces premières errances laissent une double trace: un livre, Qui je fus (1927), et une autre "écriture", les trajets pictographiés de Narration et d’Alphabet, qui préfigurent les recherches graphiques des années 50.

Ses nouvelles pérégrinations (Amérique du Sud, Chine, Inde), ne feront que confirmer la fidélité de ses "larves et fantômes" (Ecuador, 1929; Mes propriétés, 1929; Un certain Plume, 1930; Un Barbare en Asie, 1933; La nuit remue, 1935; Voyage en Grande Garabagne, 1936).

Si ses voyages le conduisent à la découverte de moeurs et de paysages étrangers, Michaux dit aussi que la seule aventure est d’ordre intérieur. Ses oeuvres poétiques, souvent composées en une prose lapidaire, riches en inventions, évoquent le monde intérieur, la difficulté de vivre et leur projection fantastique en des mondes imaginaires parfois d’une effrayante et magique cruauté. Sa poésie se veut rythme pur jusqu’à n’être plus qu’épellations; un lexique parfois de toutes pièces inventé, avec pour but: "donner à voir la phrase intérieure, la phrase sans mots".

Explorateur de l’inconscient et du rêve, il tente par l’usage des stupéfiants, une exploration, en quête de cette rupture avec le temps et l’espace. Dans ces expériences audacieuses de recours aux drogues hallucinogènes, Michaux ne cherche cependant pas l’évasion vers des "paradis artificiels" mais la connaissance "par le gouffre" de nouveaux états mentaux dont l’écriture doit se faire la traductrice transparente.

Ayant commencé à peindre dès 1926, il substitue de plus en plus l’expression graphique au poème, les être humains apparaissant dans ses compositions fantasmagoriques sous l’aspect de figures filiformes (Meidosems, 1948; Mouvements, 1951).

Sa grande lucidité rejoignant l’imagination la plus folle, Michaux a certainement recueilli le meilleur de l’héritage surréaliste.

http://www.la-flute.ch/old/michaux/henri.htm

L'oeuvre de Michaux présente tout entière une double vocation au mouvement et à l'exploration. On ne saurait donc mieux la présenter dans son ensemble qu'en réfléchissant aux divers parcours qu'elle accomplit. La quête d'identité et de savoir qui s'y poursuit emprunte les voies de la métamorphose. Le déplacement y constitue le mode privilégié de l'exploration de soi-même. La condition humaine dans son ensemble s'y trouve traduite en rythmes, territoires et itinéraires psychiques. On assiste donc, dans cette oeuvre, à une multiplication de mouvements, aussi bien physiques (par les voyages ou les mises à l'épreuve du corps) que mentaux (par le travail de l'imaginaire ou l'expérience de la rêverie et du dérèglement intérieur provoqué) ou encore formels (par l'invention verbale et la création picturale).

« Quand Henri Michaux accepta de livrer, en 1957, à la demande de Robert Bréchon, «Quelques renseignements sur cinquante-neuf années d'existence » et donc d'entrer tant soit peu dans le jeu de l'écriture autobiographique, ce fut pour rédiger par bribes une espèce de portrait réduit, en miettes, à la troisième personne, où l'histoire de la trajectoire la plus intime pourrait être aussi bien celle des «ratés» ordinaires de quelqu'un d'autre. Michaux y place ses débuts sous le double signe de la rature et du ratage. Les alinéas de ces « quelques renseignements» dévident comme une litanie les mots qui disent la distance, l'inadaptation et l'échec :
Indifférence.
Inappétence.
Résistance.
Inintéressé.
Il boude la vie, les jeux, les divertissements et la variation.
Le manger lui répugne.
Les odeurs, les contacts.
Sa moëlle ne fait pas de sang.
Son sang n'est pas fou d'oxygène ».

En 1959, Henri Michaux publie, en guise de préface au livre de René Bréchon qui lui est consacré, son autobiographie abrégée intitulée " Quelques renseignements sur cinquante-neuf années d'existence" et relève deux événements doublement significatifs, à savoir :
"1924 Paris Il écrit, mais toujours partagé"
et quelques lignes plus loin :
"1925 Klee, puis Ernst, Chirico... Extrême surprise. Jusque-la, il haïssait la peinture et le fait même de peindre, comme s'il n'y avait pas encore assez de réalité, de cette abominable réalité, pensait-il. Encore vouloir la répéter, y revenir".
Ces faits sont suffisamment marquants pour que Michaux les retienne et en rende compte avec une fausse froideur, celle de la forme due doit prendre un texte abrégé, mais dont le contenu est essentiel. En effet, il induit son ambivalence face à son travail d'écrivain qui manifestement ne Ie satisfait pas totalement et souligne, un an plus tard, l'importance de la révélation provoquée au contact de la peinture moderne, malgré son hostilité déclarée à cette forme d'expression. Klee, Max Ernst et Chirico lui font découvrir que peinture et réalité ne s'associent pas nécessairement et qu'il existe d'autres forme de représentation.
La réponse à cette "extrême surprise" ne se fait pas attendre, et Michaux est suffisamment stimulé pour produire une première peinture la même année, gouache bleue ou aquarelle qui représente une tête, traitée avec "rusticité", caractère qu'il déplorait ne bas retrouver dam beaucoup d'écrits, mais parfaitement lisible. Celle-ci inaugurera un cycle récurrent qui traversera l'ensemble de son œuvre.
Ainsi, ce mode d'expression se déclare (d'après les mêmes propos de Michaux) peu après le travail d'écriture. Il est donc apparu nécessaire de préciser cette circonstance tant dan, l'exposition que dans le catalogue, pour que les idées reçues d'un Michaux d'abord poète avant d'être peintre soient, près de dix ans après sa mort, quelque peu ébranlées.

Source : Le site de Jean-Louis Boutin

 

BIBLIOGRAPHIE :

Les Rêves et la Jambe, Anvers, Édition Ça Ira, 1923

Fables des origines, Bruxelles, Disque Vert, 1923

Qui je fus, N.R.F., 1927

Ecuador, Paris, N.R.F., 1929

Un certain Plume, Paris, Édition du Carrefour, 1930

Un Barbare en Asie, Paris, Gallimard, 1933

La nuit remue, Paris, Gallimard, 1935

Voyage en Grande Garabagne, Paris, Gallimard, 1936

Entre centre et absence, Paris, Matarasso, 1936 (sept dessins et un frontispice)

Sifflets dans le temple, Paris, G.L.M., 1936

La Ralentie, Paris, G.L.M., 1937

Plume, précédé de Lointain intérieur , Paris, Gallimard, 1938

Peintures, Paris, G.L.M., 1939 (seize illustrations)

Au pays de la magie, Paris, Gallimard, 1941

Arbres des tropiques, Paris, Gallimard, 1942 (19 dessins)

Je vous écris d'un pays lointain, Saint-Maurice d'Ételan, P. Bettencourt, 1942

Tu va être père, Saint-Maurice d'Ételan, P. Bettencourt, 1943

Exorcismes, Paris, R.-J. Godet, 1943 (douze dessins)

Labyrinthes, Paris, R.-J. Godet, 1944 (treize dessins)

Le Lobe des monstres, Lyon, L'Arbalète, 1944 (un dessin)

L'Espace du dedans, Paris, Gallimard, 1944

Liberté d'action, Paris, Fontaine, 1945

Épreuves, Exorcismes, 1940-1944, Paris, Gallimard, 1945

Apparitions, Paris, Le Calligraphe, 1946 (sept dessins)

Peintures et dessins, Paris, Édition du Point du jour, 1946 (quarante trois illustrations)

Ici, Poddema, Lausanne, Mermod, 1946

Nous deux encore, Paris, J. Lambert, 1948

Meidosems, Paris, Édition. du Point du jour, 1948 ( douze lithographies)

Poésie pour pouvoir, Paris, R. Drouin, 1949 (frontiscipe)

La vie dans les plis, Paris, Gallimard, 1949

Arriver à se réveiller, Saint-Maurice d'Ételan, P. Bettencourt, 1950

Lecture de huit lithographies de Zao Wou-Ki, Paris, Euros et Godet, 1950

Tranche de savoir, Paris, Les pas perdus, 1950

Passages, Paris, Gallimard, 1950

Veille, Paris, G.A. Bolloré, 1951

Quelque part quelqu'un, s.l.n.d., 1951

Mouvements, Paris, Gallimard, 1951 ( soixante quatre dessins). Réédité en 1982 avec deux planches différentes

Rencontre dans la forêt, s.l.n.d., 1952

Nouvelles de l' étranger, Paris, Mercure de France, 1952

Face aux verrous, Paris, Gallimard, 1954

Misérable miracle, Monaco, Édition du Rocher, 1956 Édition Le Point du Jour, 1972

Quatre cents hommes en croix, Saint-Maurice d'Ételan, P. Bettencourt, 1956 (un frontispice, deux dessins)

L'Infini turbulent, Paris, Mercure de France, 1957 (une peinture et huit dessins)

Paix dans les brisements, Paris, K. Flinker, 1959 (sept dessins)

Vigies sur cible, Édition du Dragon, 1959

Connaissance par les gouffres, Paris, N.R.F., 1961

Vents et poussières, Paris, K. Flinker, 1962 (neuf dessins)

En rêvant à partir de peintures énigmatiques, Paris, Mercure de France, nº 1214, Décembrer 1964

Parcours, Paris, Le Point Cardinal, 1965 (douze eaux-fortes)

Les Grandes Épreuves de l'esprit, Paris, Gallimard, 1966

Vers la complétude, Paris, G.L.M., 1967

Lignes-lieux, moments traversée du temps-ombres pour l'éternité, "Promesse" Revue de culture et de poésie. Poitiers, 1967 (44 exemplaires, tirés à part, comportent un dessin)

Façons d'endormi, façon d'éveillé, Paris, Gallimard, 1969

Poteaux d'angle, Paris, L'Herne, 1971

Émergences-résurgences, Genève, Skira, 1972 (cent quatre illustrations)

Moments, traversée du temps, Paris, Gallimard, 1973

Bras cassé, Montpellier, Fata Morgana, 1973

Quand tombent les toits, Paris, G.L.M., 1973

Par la voie des rythmes, Montpellier, Fata Morgana, 1974 (quatre vingt deux dessins et douze lithographies)

Moriturus, Montpellier, Fata Morgana, 1974

Idéogrammes en Chine, Montpellier, Fata Morgana, 1975

Coups d'arrêt, Pris, Le Collet de Buffle, 1975

Face à ce qui se dérobe, Paris, Gallimard, 1975

Choix de poèmes d'Henri Michaux, Paris, Gallimard, 1976

Les Ravagés, Montpellier, Fata Morgana, 1976

Jours de silence, Montpellier, Fata Morgana, 1978

Poteaux d'angle, Montpellier, Fata Morgana, 1978

Saisir, Montpellier, Fata Morgana, 1979 (soixante cinq dessins)

Une voie pour l'insubordination, Montpellier, Fata Morgana, 1980

Poteaux d'angle, Paris, Gallimard, 1981

Affrontements, Montpellier, Fata Morgana, 1981

Comme un ensablement, Montpellier, Fata Morgana, 1981 (dix-neuf sérigraphies)

Chemins cherchés, chemins perdus. Transgressions, Paris, Gallimard, 1981

Les Commencements. Dessins d'enfants. Essais d'enfants, Montpellier, Fata Morgana, 1983

Par surprise, Montpellier, Fata Morgana, 1983

Le Jardin exalté, Montpellier, Fata Morgana, 1983

Par des traits, Montpellier, Fata Morgana, 1984 (soixante cinq dessins)

En Occident, le jardin d'une femme indienne, l'Ire des vents, nº11/12, 1984

Fille de la montagne, Le Pontet, Édition M.D., 1984 (avec quatre peintures tantriques du Rajasthan)

Déplacements, dégagements, Paris, Gallimard, 1985

Affrontements, Paris, Gallimard, 1986

Source : Le site de Jean-Louis Boutin

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