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Miette

Pierre BERGOUNIOUX

 

 

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Fiche :

Editeur(s) : GALLIMARD - 1995
Collection : FOLIO N°2889
Genre : ROMAN CONTEMPORAIN
Présentation : format poche - 160 pages

Date de Parution : 05/11/1996
ISBN : 2070400786 - EAN : 9782070400782

 

Résumé :

Le haut plateau granitique du Limousin fut l'un des derniers refuges de l'éternité. Des êtres en petit nombre y répétaient le rôle immémorial que leur dictaient les sang, le sol et le rang. Puis le souffle du temps a toujché ces hauteurs. Ce grand mouvement a emporté les personnages et changé le décor. On a tâché de fixer les dernières paroles, les gestes désormais perdus de ce monde enui. Pierre Bergounioux - Présentation de l'éditeur-

Le récit commence au début des années 80, dans la campagne limousine, juste après la mort de Baptiste et de Jeanne, sa femme. Seul témoin de toute cette mémoire endeuillée, Adrien est le fil qui conduit le narrateur au coeur de ce passé immédiat, et, à travers lui, d'un passé antérieur, immémorial. A plusieurs reprises, Pierre Bergounioux écrit que ses personnages sont des figures vieilles de trois mille ans, qu'ils « vivaient et mouraient et renaissaient depuis le fond des âges, identiques à eux-mêmes, inchangés, tels que la terre, les choses, sans interruption, les avaient requis ».

Deux photographies sont comme une cartographie de la mémoire. La première, datant de 1905, montre Pierre et Miette ; mais les traits de celle-ci sont « entièrement effacés, comme si elle n'avait pas de visage, juste un contour que rempliront, préciseront les maternités successives, l'abnégation, le reniement de soi ». Sur la seconde, cinq ans plus tard, Miette est visible, avec ses quatre enfants, figurant « la procession des âges ». Précédant ces deux images, le drame invisible, personnel, dont Miette fut la protagoniste et la victime : son mariage arrangé, le refus, puis l'acceptation, « par déférence à l'ordre existant, par désir de complet effacement », au nom d'une certaine vision du monde vision inexprimable, où le désir propre, l'affirmation de soi n'ont aucune place, où seuls importent cette « abnégation », ce « reniement ».

L'univers que décrit Bergounioux, les figures qui l'habitent Octavie, la célibataire, l'intellectuelle, Baptiste, l'homme des forêts, le taciturne, dont le mariage avec Jeanne est comme la répétition de celui de Miette et de Pierre... semblent figés dans un « maintenant » éternel : « ... Maintenant, c'est avant, c'est toujours. Rien ne peut plus nous être enlevé ni se perdre. Tout est bien. » « Tout est grâce », pensait déjà Bernanos... Dans ce temps arrêté, la part propre de chacun est réduite, négligeable du moins au regard d'une conception de l'existence qui fait triompher le moi, un moi libre de ses pensées et de ses mouvements, maniant fièrement les « attributs de la domination ». Le Monde du 03 Février 1995

Extrait :

"Savoir n'est pas nécessaire. D'abord, ça suppose qu'on prenne du recul, qu'on arrête un peu et le temps manque. Il y a trop à faire pour qu'on s'offre le luxe de s'interrompre un seul instant. Les choses sont là, obstinées dans leur nature de choses, corsetées de leurs attributs, rétives, dures, inexorables. Elles ne livrent leur utilité qu'à regret. Elles réclament toute la substance des vies qu'elles soutiennent. Encore le temps dont celles-ci sont faites ne suffit-il pas toujours. Il faut y verser quelque fureur. C'est à ce prix qu'on demeure. (...)

Supposons alors qu'ils aient vu ce qu'ils faisaient pour ce que c'était, le troc épuisant de tout leur temps contre la possibilité précaire de rester dans le temps. Eh bien, non seulement ils n'en auraient tiré nul profit mais cette connaissance, ce détachement, pour léger qu'il fût, leur aurait été très préjudiciable en l'absence d'alternative. Parce qu'il n'y avait rien d'autre à faire que de continuer et qu'il est beaucoup plus facile de le faire sans y penser que de s'y remettre avec la pensée qu'après tout, on pourrait aussi bien arrêter. Aux difficultés habituelles s'ajoure celle, désormais, de repousser l'éventualité que la moindre réflexion éveille aussitôt, la possibilité du contraire, la douceur de ne pas.

Ils étaient raisonnables autant qu'il est en nous et, même, un petit peu plus qu'on ne croit le devoir. Ils se sont gardés des réflexions inutiles, des nuisibles pensées. Il n'ont pas arrêté, laissé leurs mains pendre, inactives, si ce n'est un dixième de seconde, tous les vingt ans, pour la photographie. Elle les montre tels qu'ils auront été, déterminés, eux-mêmes, sans reste ni réserve, tels que l'heure et l'endroit l'exigeaient depuis trois mille ans." (Pages 26/27)

Critique/Presse:

Sous sa plume attentive, dans le lent creusement qu'accomplit chacun de ses livres, Pierre Bergounioux fait oeuvre de mémoire et de conservation. Il écrit, admirablement, au présent, sans concession à l'égard d'un quelconque passéisme, à partir d'un monde qui termine son agonie, qui meurt ; monde rural et terrien, où l'homme s'accordait, douloureusement, avec effort, à un ordre dont, obscurément, il se savait le garant. Le Monde - Patrick Kéchichian

Petite remarque perso : L'homme est venu de la ville et s'est installé là. Il a rencontré Baptiste, Adrien, Octavie et Lucie. Miette est furtivement passée dans la pièce, quelques secondes, une silhouette noire et silencieuse... Autour d'eux, comme une photographie couleur sépia, la famille et, à travers elle, "les choses". Quelques clichés, toute une vie qui se met en mouvement... lourdement encore attachée au passé mais inéluctablement en route vers l'avenir.
Il y a dans ce roman de Pierre Bergounioux la sensation profonde de capturer quelque chose de fugitif. Un monde finit, un autre commence, et cet instant où demeurent encore ces deux univers, ces figures d’hommes et de femmes qui lentement s’effacent dans un présent mal déterminé. La lourde domination des « choses » qui ont asservi des générations entières sous leur poids de renoncements…
A la croisée de ces chemins, une famille, issue de temps immémoriaux. La modernité effectuera de profonds bouleversements. Mais ceux qui se sont trouvés à ce point précis du carrefour auront vécu le déchirement de ce que l’on appelle l’évolution. Vivant au présent, les yeux tournés vers l’avenir, mais encore si profondément enracinés dans le passé. Au milieu d’eux un "non" s'élève. Le non que Miette a crié le jour de son mariage à Pierre et que nul n'a voulu entendre. Le "non" qui est devenu "oui"
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