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LE CRI DE LA MOUETTE

Emmanuelle LABORIT

 

   
Liste alophabétique
Bibliothèque virtuelle

Fiche :

Auteur : Emmanuelle LABORIT
Editeur : Robert Laffont
Collection : Vecu
Type : Biographie
Genre : Témoignage
ISBN : 2221076737
Année de parution : 1994
Nombre de pages : 216

Résumé :

"J'ai poussé des cris, beaucoup de cris. Parce que je voulais m'entendre et que les sons ne me revenaient pas.
Mes appels ne voulaient rien dire pour mes parents. C'étaient, disaient-ils, des cris d'oiseaux de mer. Alors, ils m'ont surnommée la mouette.

Et la mouette criait au-dessus d'un océan de bruits qu'elle n'entendait pas, avec la sensation d'être enfermée derrière une énorme porte, qu'elle ne pouvait pas ouvrir pour se faire comprendre des autres."
Lorsque Emmanuelle Laborit a sept ans, elle découvre la langue des signes. Le monde s'ouvre enfin. Elle devient une petite fille rieuse et "bavarde".

A l'adolescence, pourtant, tout bascule. Aux désarrois de son âge s'ajoute la révolte de voir nier l'identité des sourds. Emmanuelle ne peut plus concilier l'univers des entendants et le sien. Elle se referme, dérive, se perd dans des expériences chaotiques. Mais, lucide et volontaire, elle réagit et choisit de se battre : elle réussit à passer son bac, lutte pour faire reconnaître les droits des trois millions de sourds français, puis s'impose magistralement au théâtre dans "Les Enfants du silence".

Le cri de la mouette est le témoignage d'une jeune fille qui, à ving-deux ans, a déjà connu la solitude absolue, le doute et le désespoir, mais aussi le bonheur, la solidarité et la gloire.
http://www.surdite.net


Extrait

J'ai décidé de ne plus rien faire en classe. J'en ai marre de leurs cours, marre de lire sur des lèvres, marre de m'escrimer à faire sortir des grincements de ma voix, marre de l'histoire, de la géo, même du français, marre des professeurs découragés qui n'en finissent pas de m'engueuler, marre de moi au milieu des autres. La réalité me dégoûte un peu. Alors je décide de ne plus la regarder en face. Je fais ma révolution.

Passer ma vie à l'école, c'est ridicule. Les heures les plus importantes de ma vie se perdent en prison. J'ai l'impression qu'on ne m'aime pas, que je n'arrive pas à suivre. Et que tout ça ne sert à rien.

L'avenir est quelque chose de mystérieux. Je ne sais pas ce que c'est. Je ne veux pas savoir. Je e dis : "On va mettre ça de côté, en attendant."

Et en attendant, je rêve de voyages, de randonnées illimitées, de voir du pays, d'autres cultures, d'autres gens. Je rêve de vie. Je n'écoute pas. Même les erreurs, j'ai envie de les connaître. On a beau me dire : "Attention à ci, attention à ça… tu vas faire des erreurs."

A treize ans, je suis contre le système, contre la manière dont les entendants gèrent notre société de sourds. J'ai le sentiment d'être manipulée, on veut effacer mon identité de sourde. Au lycée, c'est comme si on me disait :

"Il faut que ta surdité ne se voie pas, il faut que tu entendes avec ton appareil, que tu parles comme une entendante. La langue des signes, ce n'est pas beau. C'est une langue inférieure…"

C'est essentiellement contre cette stupidité que ma révolte gronde. Je l'ai entendue toute mon enfance ; je me suis tue, jusqu'au moment où cette sorte de colère a éclaté.

A treize ans, j'explose. Je suis contre tout. Je veux mon monde à moi, ma langue à moi, et que personne ne s'en mêle.

La surdité est le seul "handicap" qui ne se voit pas. On voit les gens en fauteuil roulant, on voit que quelqu'un est aveugle, ou mutilé, mais on ne voit pas la surdité, alors les autres rêvent de l'effacer, puisqu'elle n'est pas visible. Ils ne comprennent pas que les sourds n'aient pas envie d'entendre. Ils nous veulent semblables à eux, avec les mêmes désirs, donc les mêmes frustrations. Ils veulent combler un manque que nous n'avons pas.
Entendre, je m'en fous ! Je n'en ai pas envie, ça ne me manque pas, je ne sais même pas ce que c'est. On ne peut pas avoir envie de quelque chose qu'on ignore. (Pages 95-96)

 

Critique/Presse :

"Dans « Le cri de la mouette », Emmanuelle Laborit nous écrit un récit qui témoigne de sa lutte, en tant que sourde, pour entrer dans le monde des entendants.

C’est en pensant aux difficultés qu’elle a vécues qu’elle a eu l’idée d’écrire un livre. Elle donne aussi aux trois millions de sourds l’espoir de sortir de leur désarroi dans un monde qui n’accepte pas la différence.

.Pour moi, Ce livre est très instructif car il nous apprend à mieux réagir devant un sourd. L’auteur de ce livre nous montre aussi que les sourds ne veulent pas tous devenir entendants. Cela, beaucoup de médecins et de familles ne le comprennent pas. A travers ce livre, on apprend que les sourds ont non seulement besoin des entendants mais aussi de leurs semblables, car le monde des entendants semble trop étriqué."
Christine Frederickx.

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