Retour  

LE NOM DE LA ROSE

Umberto ECO

 

 

Liste alphabétique
Bibliothèque virtuelle

Fiche :

Auteur Umberto Eco
Traduction Jean-Noël Schifano
Editeur Lgf (Edition française originale : Grasset 1990)
Collection Livre de Poche, numéro 5859
Nombre de pages 633 pages
Format 11 cm x 18 cm
ISBN 2253033138

Résumé :

An de grâce 1327, la chrétienté est en crise. L'ex-inquisiteur Guillaume de Baskerville se rend dans une abbaye bénédictine du Sud de la France pour participer à une rencontre entre franciscains prônant la pauvreté du Christ et partisans d'un pape amateur de richesses. Dès son arrivée, il se voit prié par l'abbé de découvrir au plus vite la raison de la mort violente d'un de ses moines, retrouvé assassiné. L'inquisiteur Bernard Gui, dont la réputation de cruauté n'est plus à faire, est attendu, et l'abbé craint pour l'avenir de son abbaye. Tel un ancêtre de Sherlock Holmes, Baskerville se met à l'ouvrage, assisté du jeune Adso de Melk. D'autres morts vont venir compliquer sa tâche.

Quatrième de couverture : Rien ne va plus dans la chrétienté. Rebelles à toute autorité, des bandes d'hérétiques sillonnent les royaumes et servent à leur insu le jeu impitoyable des pouvoirs. En arrivant dans le havre de sérénité et de neutralité qu'est l'abbaye située entre Provence et Ligurie, en l'an de grâce et de disgrâce 1327, l'ex-inquisiteur Guillaume de Baskerville, accompagné de son secrétaire, se voit prié par l'abbé de découvrir qui a poussé un des moines à se fracasser les os au pied des vénérables murailles. Crimes, stupre, vice, hérésie, tout va alors advenir en l'espace de sept jours. Le Nom de la rose, c'est d'abord un grand roman policier pour amateurs de criminels hors pair qui ne se découvrent qu'à l'ultime rebondissement d'une enquête allant un train d'enfer entre humour et cruauté, malice et séductions érotiques. C'est aussi une épopée de nos crimes quotidiens qu'un triste savoir nourrit.

Le film : Le scénario, tout le monde le connaît : le moine franciscain Guillaume de Baskerville (Sean Connery), accompagné de son jeune novice Adso de Melk (Christian Slater), se rend dans une abbaye italienne mystérieuse et isolée pour assister à une importante réunion entre représentants du Pape et hauts dignitaires de l'ordre franciscain.
A peine arrivé, ce moine s'aperçoit que l'abbaye n'est pas aussi paisible qu'il n'y paraît et, de fait, l'abbé (Michael Lonsdale) annonce que l'un de ses moines est mort récemment dans de troublantes circonstances. Le Diable roderait-il dans la très respectable communauté ? Guillaume et son novice se mettent immédiatement en quête de la vérité... l'enquête progresse, mais les morts, eux, s'accumulent.
Bien vite, Guillaume découvre l'existence d'un mystérieux livre d'Aristote sur la comédie, que l'on disait disparu. Un livre qui serait si blasphématoire que quelqu'un tuerait pour qu'on ne puisse l'approcher.
Bref, un magnifique scénario, adapté du roman homonyme d'Umberto Eco... Quand on pense que cette adaptation a coûté à Jean-Jacques Annaud plus de 3 ans de recherche, on se dit qu'il n'a pas perdu son temps ! Les décors, en grande partie reconstitués, sont superbes, la réalisation magnifique, colorée, l'ambiance diaboliquement bien rendue... et l'interprétation ! Sean Connery se surpasse, Fredéric Murray Abraham est démoniaque comme pas deux, quand à Christian Slater, cette première grande composition (qui l'a révélé) a quelque chose de géniale et annonça déjà le grand acteur qu'il est aujourd'hui.
Un chef d’œuvre de renommée mondiale !
César du "Meilleur Film Etranger" en 1987. http://etudiants.fundp.ac.be/ndlr/livre.htm

Extrait :

Telle était la situation quand –déjà novice bénédictin au monastère de Melk -je fus arraché à la tranquillité du cloître par mon père, qui se battait dans la suite de Louis, non le moindre d'entre ses barons, et qui trouva sage de m'emmener avec lui pour que je connusse les merveilles d'Italie et fusse présent quand l'empereur serait couronné à Rome. Mais le siège de Pise l'absorba tout entier dans des préoccupations militaires. J'en tirai avantage en circulant, mi par oisiveté, mi par désir d'apprendre, dans les villes de la Toscane, mais cette vie libre et sans règle ne seyait point, pensèrent mes parents, à un adolescent voué à la vie contemplative. Et suivant le conseil de Marsile, qui s'était pris d'affection pour moi, ils décidèrent de me placer auprès d'un docte franciscain, frère Guillaume de Baskerville ; ce dernier allait entreprendre une mission qui devait le conduire jusqu'à des villes célèbres et des abbayes très anciennes. C'est ainsi que je devins son secrétaire en même temps que son disciple ; je n'eus pas à m'en repentir car je fus avec lui le témoin d'événements dignes d'être consignés, tel qu'à présent je le fais, et confiés à la mémoire de ceux qui viendront après moi.

Alors je ne savais pas ce que frère Guillaume cherchait, et à vrai dire je ne le sais toujours pas aujourd'hui, et je présume que lui-même ne le savait pas, mû qu'il était par l'unique désir de la vérité, et par le soupçon –que je lui vis toujours nourrir- que la vérité n'était pas ce qu'elle lui paraissait dans le moment présent. Et, en ces années-là, il était sans doute distrait de ses chères études par les devoirs impérieux du siècle. La mission dont Guillaume était chargé me restera inconnue tout au long du voyage, autrement dit il ne m'en parla pas. Ce fut plutôt en écoutant des bribes de conversations, qu'il eut avec les abbés des monastères où au fur et à mesure nous nous arrêtâmes, que je me fis quelque idée sur la nature de sa tâche. Cependant je ne la compris pas pleinement tant que nous ne parvînmes pas à notre but, comme je le dirai ensuite. Nous avions pris la direction du septentrion, mais notre voyage ne suivit pas une ligne droite et nous nous arrêtâmes dans plusieurs abbayes. Il arriva ainsi que nous virâmes vers l'occident tandis que notre destination dernière se trouvait à l'orient, comme pour longer la ligne montueuse qui depuis Pise mène dans la direction des chemins de saint Jacques, en faisant halte sur une terre que les terribles événements qui s'y passèrent me dissuadent de mieux identifier, mais dont les seigneurs étaient fidèles à l'empire et où les abbés de notre ordre d'un commun accord s'opposaient au pape hérétique et corrompu. Notre voyage dura deux semaines entrecoupées de moult vicissitudes, et dans ce laps de temps j'eus la possibilité de connaître (pas suffisamment, loin de là, comme j'en suis toujours convaincu) mon nouveau maître. (Pages 19-20)

Critique/Presse :

Un roman admirable, mythique, où se côtoient une trame policière très bien montée et des enseignements précieux sur le monde médiéval. (Présentation de l'éditeur)

Roman policier puisque la trame est une enquête menée durant sept jours, à l'intérieur d'un monastère, par Guillaume de Baskerville. Roman théologique en ce sens que toute l'argumentation recueillie par le jeune moine Adso relève des concepts aristotéliciens et thomistes. Roman historique car situé avec beaucoup d'érudition et de minutie en Italie en l'an 1327, à une époque troublée de complots et d'hérésies que fomentent les roitelets du Saint Empire et le pape d'Avignon. Mais plus que tout cela, en en conservant les charmes et l'agrément, un livre sur les livres tant la bibliothèque labyrinthique du monastère est le lieu d'où tout part et où tout revient. Elaborée comme une imaginaire fantaisie de Borges, l'intrigue, savamment scandée au son trompeur des sept trompettes de l'Apocalypse, est intelligemment menée par un Sherlock Holmes médiéval qui n'ignore rien de l'ésotérisme et du mysticisme. Un grand roman de 1980 dont l'exemplaire traduction préserve une certaine manière de penser et de jouir de cette époque si curieuse et furieuse. Amazon.fr

Sherlock Holmes chez les moines par Dominique Fernandez

Chronique médiévale, intrigue policière jeu littéraire: le premier roman d'un professeur italien de 50 ans. Et, pour Dominique Fernandez, une réflexion sur l'Italie d'aujourd'hui.Un des charmes de la vie littéraire italienne est sa richesse en romans imprévus, marginaux, dont la fraîcheur est garantie par l'innocence de leurs auteurs, qui sont tout sauf des professionnels: médecin, comme Carlo Levi, qui révéla, dans «Le Christ s'est arrêté à Eboli», la misère et la magie du Sud italien; prince désœuvré, comme Giuseppe Tomasi di Lampedusa, dont «Le Guépard» est dans toutes les mémoires; ou juriste, comme Salvatore Satta, qui vient d'y entrer, grâce à son admirable «Jour du jugement» posthume. D'Umberto Eco on ne dira certes pas qu'il est un franc-tireur de la littérature, puisque, professeur de sémiologie à l'université de Bologne, il est un peu, pour présenter les choses en raccourci, le Roland Barthes italien; mais son premier roman, publié à 50 ans, a tous les caractères d'une œuvre à part, tout l'attrait d'un objet inattendu et unique.En apparence, c'est une chronique médiévale articulée sur une intrigue policière. Epoque: première moitié du XIVe siècle. Lieu: une abbaye d'Italie du Nord, isolée sur les contreforts d'une montagne. Les luttes entre l'Empereur et le Pape, entre l'Eglise et les hérétiques issus de la réforme franciscaine battent leur plein. Chargé d'une délicate mission diplomatique auprès de l'abbé, arrive un jour, entre les murs de l'austère édifice, frère Guillaume de Baskerville, avec son secrétaire, le jeune Adso. Leur première tâche va être de débrouiller l'énigme d'une série de crimes commis dans des circonstances mystérieuses. Un moine est trouvé écrasé au pied de l'escarpement; le lendemain, on retire un autre cadavre d'une bassine contenant le sang des cochons; un troisième est découvert noyé; et ainsi de suite, la clef de ces meurtres inexplicables semblant devoir être cherchée du côté de la bibliothèque. Voltaire, Huysmans, Hugo en renfortCelle-ci est déjà tout un monde: labyrinthe de pièces et de miroirs où s'amasse, en milliers de volumes et de manuscrits, la somme du savoir humain. Entre les descriptions de l'église (dont le portail richement sculpté rappelle à s'y méprendre celui de Moissac, en France), l'évocation de la vie quotidienne dans une abbaye bénédictine, le portraitdes nombreux moines et la peinture de leurs occupations diverses, depuis l'art des gemmes jusqu'à la botanique, en passant par la cuisine et les discussions théologiques, Eco nous livre déjà un prodigieux document d'Histoire. C'est merveille de voir comment son érudition infatigable coule en phrases claires et précises, admirablement rendues par la traduction de Jean-Noël Schifano, dont la prose drue et savoureuse nous gorge de vocables rares agencés avec brio. Aujourd'hui, où le Moyen Age fait fureur, voilà un livre qui devrait attirer la foule des lecteurs avides de se plonger dans l'univers chatoyant des riches heures monacales. Mais «à un deuxième niveau» comme diraient les pédants que ce livre déconcertera, tant son écriture est limpide et tant l'enchaînement de ses chapitres est aisé, «Le Nom de la rose» révèle un jeu littéraire des plus excitants. Pas une seule phrase du roman ne serait de lui, a affirmé l'auteur dans une boutade qui signifie d'abord que tout livre, au XXe siècle, est fait de la somme des livres précédents. Comme le labyrinthe de l'abbaye, le roman d'Eco est en lui-même une bibliothèque, où l'expert se régalera en reconnaissant, ici, un passage de Voltaire (l'histoire du cheval, au début, copiée sur celle du chien dans «Zadig»), là, pour les descriptions de gemmes et de plantes, le Huysmans de «La Cathédrale», plus loin, pour le défilé des hérétiques, le Victor Hugo de «Notre-Dame de Paris». Un exemple précis entre cent: vers la fin, la phrase que Guillaume cite à Adso comme étant d'un mystique allemand: «Il faut jeter l'échelle sur laquelle on est monté», n'est que la transcription en allemand ancien d'un aphorisme de... Wittgenstein, philosophe contemporain (et un clin d'œil à «Jette mon livre, Nathanaël» de Gide). Le lecteur le moins érudit aura d'ailleurs flairé, dans le nom de Guillaume de Baskerville, l'odeur d'un célèbre chien inventé par Conan Doyle; et il n'aura pas eu tort, car la structure investigatrice du «Nom de la rose» est calquée sur «Le Chien des Baskerville», Guillaume faisant fonction de Sherlock Holmes et son secrétaire Adso n'étant que la version contractée de Watson. «Elémentaire, mon cher Watson»: énigmes dans l'énigme, ces références sont si adroitement glissées qu'elles ne nuisent jamais à l'agilité de l'intrigue. Mais alors, dira-t-on, toute cette grosse machine pour un simple divertissement de professeur? C'est ici que le «troisième niveau» rétablit la situation et transforme la gageure littéraire en un grave et profond livre aux répercussions troublantes. Dans les hérétique, franciscains du XIVe siècle, puritains de l'Eglise et intolérants jusqu'au crime, Umberto Eco voit le modèle de ceux des terroristes qui ensanglantent aujourd'hui l'Italie, pour protester contre les compromissions du Parti communiste. Le désir de purifier le monde peut engendrer des massacres. «Nous avons incendié et saccagé parce que nous avions élu la pauvreté comme loi universelle et, nous avions le droit de nous approprier la richesse illégitime des autres, et nous voulions frapper au cœur la trame d'avidité qui se tissait de paroisse en paroisse, mais nous n'avons jamais saccagé pour posséder, ni tué pour saccager, nous tuions pour châtier, pour purifier les impurs à travers le sang», confesse à l'inquisiteur un des fanatiques arrêtés. «On pèche aussi par excès d'amour de Dieu, par surabondance de perfection»: ce pourrait être la devise du noyau originel des Brigades rouges, et d'ailleurs Eco fait venir fra Dolcino, le meneur de cette secte hérétique, de Trente, ville où s'est formé, comme on sait Curcio, le chef historique des B.R., ancien élève de la faculté catholique de sociologie. Il y a dans «Le Nom de la rose» un autre personnage extraordinaire, qui peut nous aider à comprendre l'Italie contemporaine et les mystérieux excès auxquels s'y livrent les extrémistes de tout genre: Jorge de Burgos, doyen des moines de l'abbaye, octogénaire aveugle au savoir encyclopédique, qui règne sur la bibliothèque et en possède tous les secrets (allusion évidente à Jorge Luis Borges: voilà pour le jeu littéraire). Ce vieillard intransigeant a organisé la série d'assassinats dans le seul but d'interdire l'accès à un livre: lequel serait un inédit d'Aristote où le philosophe grec, père de la théologie catholique, aurait prononcé l'éloge du rire. Jorge de Burgos ne veut pas que les hommes se croient autorisés à rire: il faut, pense-t-il, les tenir ployés sous terreur. Par amour excessif de Dieu, il est devenu ce fou homicide, par désir de sainteté, cet Antéchrist sanglant. Le rire, selon lui, anéantirait la crainte de Dieu et amènerait la ruine de l'Eglise. Transposons ce Moyen Age à l'époque stalinienne et même berlinguérienne: comment ne pas songer au thème majeur de «La Plaisanterie»? Or, dit Eco dans une phrase qui, sauf erreur, est bien de lui, «le devoir de qui aime les hommes est peut-être de faire rire de la vérité, faire rire la vérité, car l'unique vérité est d'apprendre à nous libérer de la passion insensée pour la vérité». Sentence qui place ce roman, à la suite des contes philosophiques de Voltaire, parmi les classiques modernes de la tolérance, près des fables de Milan Kundera et des apologues de Leonardo Sciascia. Tentative d'explication de l'imbroglio politique italien, «Le Nom de la rose» est aussi, sous sa forme amusante de roman policier et savante de devinette érudite, un vibrant plaidoyer pour la liberté, pour la mesure, pour la sagesse menacées de tous côtés par les forces de la déraison et de la nuit.

Les internautes en parlent : Céline, Alfortville (France) : un véritable chef d'oeuvre
Un vrai bijou. Entre histoire et intrigue policière, Umberto Ecco entraîne son lecteur dans les méandres d'un XIVème siècle religieux, intolérant et empli d'interdits. Un crime commis au sein de la Chrétienté permet à chacun de comprendre le sens même du mot liberté. Ce monument de la littérature historique policière demeure ma référence.

Porté à l'écran par Jean-Jacques Annaud avec Sean Connery dans le rôle de Guillaume, Le Nom de la Rose fait date dans l'histoire des romans policiers historiques. Umberto Eco n'est pas seulement un romancier, c'est surtout un érudit qui connaît son sujet sur le bout des doigts. Il entraîne le lecteur dans une aventure à la fois philosophique et policière, où il est question d'Aristote, de liberté, d'injustice et de cyanure. Un roman exceptionnel. Lisa B.

Petite remarque perso : Ce livre est un éblouissement, de culture, de suspens. Une telle envergure qu'il semble difficile quand on le referme de lire autre chose. Pourtant, il y a toujours un nouveau livre. Mais pas toujours une telle sensation d'achèvement, de plénitude, de réussite totale.

 

Haut de la page