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LA NOTE SENSIBLE

Valentine GOBY

 

 

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Fiche :

Auteur Valentine Goby
Editeur Gallimard
Collection Folio, numéro 4029 - Avril 2004
Format 11 cm x 18 cm - 235 pages
ISBN 207031331X

Résumé :

Une jeune femme arrive de province et s'installe à Paris. De l'autre côté de la cloison de son appartement, de la musique s'élève : un violoncelle, parfois une voix, masculine, chaude et profonde. Une petite musique de nuit... qui lentement creuse sont lit jusqu'au profond des jours et fait entrer le soleil dans la vie. Un jour, dans le couloir de l'immeuble, des boucles grises et une silhouette d'homme. Puis un regard, une douceur... Mille sensations, à peine effleurées, des sentiments jamais véritablement exprimés, ou jamais avec des mots, mais avec des petits bonheurs brillants comme des étoiles.

 

Extrait :

Monsieur,

Tout a commencé le 15 octobre dernier. Il était minuit dix lorsque vous avez sonné. Je me suis levée, j’ai traversé le salon sur la pointe des pieds. J’ignorais qui était mon visiteur du soir ; tout me portait à croire que c’était vous. A mi-chemin entre ma chambre et la porte d’entrée, une latte a grincé. Nos cloisons ne sont pas épaisses. Sans doute m’avez-vous entendue approcher.

Je ne savais presque rien de vous. La rumeur avait suffi à me bouleverser. Je craignais de vous rencontrer. J’ai attendu là, au milieu de la pièce. Il faisait froid. Je ne connaissais pas votre visage, je vous avais toujours évité. La semaine dernière encore, alors que je m’approchais du palier, j’ai entendu vos clés tourner dans la serrure. J’ai dévalé les marches, j’ai couru au bout d’un couloir pour ne pas vous croiser. Vous êtes passé sans me voir. Par précaution j’ai fermé les yeux.

Cette nuit d’octobre, vous avez attendu de longues minutes sur le palier ? La lumière du néon filtrait sous ma porte. Je ne quittais pas des yeux cette rayure blanche, une meurtrière. Quelques minutes seulement, et puis il ferait noir. Vous partiriez. La lumière s’et éteinte. Vous êtes rentré chez vous. Quand vous avez tiré la porte, je suis revenue à mon lit. Je me suis couchée. Vous aussi. Vous étiez tout proche. Nos fronts auraient pu se toucher. Nous nous sommes endormis.

Je n’ai jamais connu de vous qu’un univers sonore, où dominaient Mozart et votre violoncelle. Vous jouiez. Les voix chantaient. J’écrivais. Votre musique est dans ce manuscrit. A vous entendre j’ai eu peur de vous aimer. Je vous ai fui. J’ai écrit ce qui aurait pu être notre histoire. Ne me demandez pas pourquoi. Je ne vous demande pas pourquoi vous avez joué pour moi du violoncelle, chaque soir, pendant des mois.
Quand vous aurez terminé votre lecture, je serai devant vous, et pourtant mois vulnérable qu’au soir du 15 octobre. Je n’aurai plus rien à dissimuler, pas même de l’amour. Avec ce manuscrit, je vous rends ce qui n’a pas été. Je sais quelle serait ma souffrance si je devais vous aimer. J’y renonce.

Je ne vous demande qu’une chose. Lorsque vous aurez refermé le manuscrit, asseyez-vous près de la cloison, le violoncelle entre vos bras ; jouez pour moi l’Elégie de Fauré. Je l’espère depuis des semaines. Ce soir, elle sera mon chant de deuil.

J’attends.

(Premières pages)

Critique/Presse:

Voici un premier roman parfaitement maîtrisé, plein de chuchotements et de murmures. L'express

Le talent de Valentine Goby est dans les silences qu'elle sait faire entendre. Il est dans la description de l'éveil des sens de cette jeune fille sensible, semblable à un croissant de la lune que « l'on devine mais que l'on ne voit pas ».
Emilie Grangeray - Le Monde des livres

«Tu es le demi-ton. Tu es l'entre-deux, la note suspendue, l'équilibre fragile. Tu es l'incertitude. Tu es la note sensible.» Comment résister à une telle déclaration quand on a un peu plus de vingt ans, une vie sentimentale inexistante et un voisin italien muni d'une chevelure poivre et sel, d'un accent toscan et d'un violoncelle pour le moins envahissant? Entre le quinquagénaire au mystérieux passé de ténor et la jeune ingénue mélomane se joue un chassé-croisé mi-tendre mi-pervers. Peu importe l'issue, prévisible pour qui est attentif aux détails, c'est le tempo qui compte, et sa lenteur, calculée à la virgule près. Orchestré avec beaucoup de justesse, ce roman musical retient avant tout l'attention par la qualité d'une écriture en demi-teintes, émouvante et précise, en un mot: «sensible». Carole Vantroys Lire, septembre 2002

Petite remarque perso : Le titre du roman dit presque tout : les deux personnages principaux sont bien la musique et la sensibilité. Mozart, le violoncelle, cet univers du son qui avance au travers des cloisons mal isolées d'un petit appartement parisien... l'oreille qui entend puis qui écoute, à fleur d'émotion, puis le coeur qui attend... avant que l'oeil ne puisse voir. La magie a déjà opéré, touché la corde sensible. La jeune femme semble un peu "en décalage", juste au bord de la réalité, elle danse, elle effleure la vie comme une caresse légère. Elle se retire, elle se protège, elle est dans son appartement parisien toujours "à l'écoute" des airs qui viennent parfois alimenter ses rêves.

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