2004, année George Sand

Par ses choix, son engagement, sa capacité à dépasser les conventions, grâce à la puissance de son écriture de sa réflexion, George Sand est non seulement l'écho de son siècle, mais également une voix qui nous parvient aujourd'hui éclatante de modernité.

L'année 2004 a été déclarée année George Sand par le Ministère de la Culture.

Edito du Site du bicentenaire

 

 

«Tu aimes trop la littérature, elle te tuera et tu ne tueras pas la bêtise humaine. Pauvre chère bêtise que je ne hais pas (...) car c'est une enfance et toute enfance est sacrée»

George Sand à Flaubert

 

Petite biographie par Cécile PICHOT

(née à Paris 1804 - décédée à Nohant 1876)

écrivaine française du 19e siècle,

auteure de romans, de nouvelles, de contes, de pièces de théâtre, de lettres, d'une autobiographie, de critiques littéraires, de textes politiques, de pamphlets, de préfaces et d'une volumineuse correspondance (voir liste chronologique : 1, 2, 3, texte de présentation)
peintre : inventeur du dendritage

passionnée de marionnettes et de sciences naturelles
elle participa, dans l'ombre, au gouvernement provisoire de 1848

elle était à la fois la descendante d'un roi de Pologne et d'un oiseleur parisien

Visiter le site de Cécile Pichot

Vêtue en homme, fumant la pipe, affichant ses convictions républicaines, dédiée tout entière à la littérature, George Sand étonne un XIXe siècle bourgeois et conservateur qui tient les femmes à l'écart.

Son cœur s'enflamme pour Musset puis pour Chopin, mais l'amitié, soutenue par sa volumineuse Correspondance, tient une place au moins aussi essentielle dans sa vie. Balzac, Flaubert, Dumas fils la considèrent comme leur égale et se retrouvent dans sa demeure de Nohant.

Ses romans – Lélia, La Mare au diable, La Petite Fadette ou François le Champi – sont d'immenses succès.

Ses écrits politiques et ses articles de journaux en faveur du peuple et des libertés font scandale.

Quatrième de couverture de l'ouvrage d'Anne-Marie de BREM :. George Sand, Un diable de femme. Paris : Gallimard/Paris-Musées, 1997.

 

 

Je t’aime, George Sand, la dame du Berry,
Rebelle à qui la vie n’a pas toujours souri,
Femme indisciplinée qui fut à son époque,
De celles qui défient, de celles qui provoquent,
Rejetant l’interdit, les us et les coutumes.
Lorsque tu revêtais cet étrange costume
Qui faisait s’étonner et jaser le bourgeois,
Dieu ! Que j’aurais voulu être à côté de toi !

Oui, j’aurais applaudi l’habitude bizarre
Que tu avais d’aimer à fumer le cigare.
Oui, j’aurais approuvé le prénom que tu pris
Pour parler politique, ou signer tes écrits.
Oui, j’aurais avec toi, sans peur et sans complexes,
Ainsi que tu le fis, défendu notre sexe.

Souvent, dans les allées du château de Nohant,
Sous les arbres fleuris caressés par le vent,
J’aurais suivi tes pas quand tu te promenais
Avec l’ami Balzac, ou Alfred de Musset.
Dans le salon doré, par les doux soirs de juin,
J’aurais vibré souvent aux valses de Chopin.

Je t’aime George Sand, épouse complaisante
D’un mari débauché qui courait les servantes.
Tu lui rendis c’est vrai, la monnaie de sa pièce,
Et le trompas aussi sans aucune faiblesse,
Et dussé-je choquer puritains et dévots,
Je crois bien qu’à cela j’aurais crié bravo !

Je t’aime George Sand. Ce n’est pas d’aujourd’hui.
La petite Fadette et François le Champi,
Indiana, Consuelo et puis La mare au diable,
Avaient trouvé jadis place dans mon cartable.
Mais je ne pensais pas que tant d’années après,
Au déclin de la vie le désir me prendrait
De revenir à toi, par un simple poème,
Pour te dire humblement, simplement, que je t’aime !

Renée Jeanne Mignard©


 

Un regard sur la femme de lettres, la femme d'engagements...

Quelques citations

Toute la logique humaine est annulée quand, au lieu de s’élever au dessus des intérêts matériels, l’homme fait de ces intérêts le mobile absolu de sa conduite.
George Sand, Journal d’un voyageur pendant la guerre, 1870

L’art n’est pas une étude de la réalité positive : c’est une recherche de la vérité idéale. (…) Tout ce que l’artiste peut espérer de mieux, c’est d’engager ceux qui ont des yeux à regarder aussi.
George Sand, La Mare au Diable, 1846


Ne peut-on aimer sans risquer de perdre ?
George Sand, Correspondance, Lettre à Aurélien de Sèze, 12 novembre 1825


La société ne doit rien exiger de celui qui n’attend rien d’elle.
George Sand, Indiana, 1832, conclusion


Il y a un trésor dans la terre. Il n’est à personne ; il est à tout le monde.
Tant qu’un chacun le cherchera pour le prendre et pour le garder à lui tout seul, aucun ne le trouvera. Ceux qui voudront le partager entre tout le monde, ceux-là le trouveront…
George Sand, Jeanne, 1844


Citoyens,
Ouvriers des villes et des manufactures, généreux enfants de la République, c’est vous qui formez la majorité des électeurs dans les vastes et nombreux foyers de l’industrie. Il importe que vous vous rendiez compte de vos souffrances, de vos droits et de vos justes prétentions. Faites-les connaître, parlez à vos candidats, parlez à la France ce langage éloquent et simple de la vérité que la France n’a jamais entendu encore d’une manière officielle.
George Sand, Bulletin de la République n°8, Paris, 28 mars 1848


La République est la plus belle et la meilleure forme des sociétés modernes. (…)
La République que nous inaugurons n’aura que des hommes libres, égaux en droits. Elle vivra ; elle est à la hauteur du temps où nous sommes.
Qu’aucun de nous ne soit au-dessous d’elle. Condamner l’idée de République, c’est se condamner soi-même. Dire qu’elle est impraticable, c’est se reconnaître indigne de la grandeur et de la noblesse qu’elle confère à l’homme.
George Sand, Un mot à la classe moyenne, 3 mars 1848


Je relis tout cela par hasard. J’étais amoureuse de ce livre, je voulais y écrire de belles choses. Je n’y ai écrit que des bêtises. Tout cela me semble emphatique aujourd’hui. Je croyais pourtant bien être de bonne foi. Je m’imaginais me résumer. Est-ce qu’on peut se résumer ? Est-ce qu’on peut se connaître ? Est-ce qu’on est jamais quelqu’un ? Je n’en sais plus rien. Il me semble qu’on change de jour en jour et qu’au bout de quelques années on est un être nouveau. J’ai beau chercher en moi, je n’y retrouve plus rien de cette personne anxieuse, agitée, mécontente d’elle-même, irritée contre les autres. J’avais sans doute la chimère de la grandeur.
George Sand, Journal intime, Septembre 1868


J’ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois mais j’ai aimé.
George Sand, Correspondance, Lettre à Musset, 12 mai 1834


Le peuple sage et moral n’a pas le temps, ou le moyen ou l’envie d’aller au spectacle. Et puis les théâtres sont arrangés de façon à ce que les gros sous des basses places ne les fassent pas vivre. Il leur faut les écus de la bourgeoisie. Et tout est arrangé ainsi dans la société, c’est pourquoi les révolutions où la bourgeoisie se renferme et serre ses écus, paralysent la vie sociale, artistique, commerçante, populaire, et amènent d’inévitables réactions auxquelles le peuple ouvre les bras par dégoût de ses privations et dominations.
George Sand, Correspondance, Lettre à Pierre Bocage, février 1851

La peine de mort, le régime cellulaire pour les criminels, sont aussi coupables, aussi absurdes que l’épouvante, la séquestration et le désespoir auquel on a longtemps abandonné les fous ; et auxquels on les abandonne encore hors de France dans des contrées qui se disent civilisées.
George Sand, Correspondance, Lettre à David Richard, 29 août 1842


C’est dans le peuple et dans la classe ouvrière surtout qu’est l’avenir du peuple. (…)
Quand le peuple donnera l’exemple de la fusion de ses intérêts individuels en un seul intérêt, exemple admirable qu’il a déjà donné sur plusieurs points de la France, croyez-moi, le peuple sera bien fort et bien grand. C’est lui qui sera le maître du monde, l’initiateur à la civilisation, le nouveau messie. Il donnera un victorieux démenti aux déclarations antisociales qui nous inondent et un terrible soufflet à la fausse science, et à la vaine sagesse de nos économistes et de nos législateurs, les scribes et les pharisiens du temps présent.
George Sand, Correspondance, Lettre à Agricol Perdiguier, 20 août 1840


Moi, je crois que dans cinquante ans je serai parfaitement oubliée et peut-être durement méconnue. C’est la loi des choses qui ne sont pas de premier ordre et je ne me suis jamais crue de 1er ordre. Mon idée a été plutôt d’agir sur mes contemporains, ne fût-ce que sur quelques uns, et de leur faire partager mon idéal de douceur et de poésie.
George Sand, Correspondance, Lettre à Gustave Flaubert , 8 décembre 1872


Comme femme, je suis toujours forcée de reculer devant la crainte d’insultes pires que des coups, devant ces sales invectives que les braves de la bourgeoisie ne se font pas faute d’adresser au plus faible, à la femme de préférence à l’homme.
George Sand, Correspondance, Lettre à Armand Barbès , 10 juin 1848

On demande où sera le principe d’autorité nécessaire à l’existence de la famille si cette autorité est partagée également entre le père et la mère. Nous disons que l’autorité ne sera pas immobilisée dans les mains de celui qui peut impunément avoir toujours tort, mais qu’elle se transportera de l’un à l’autre, suivant l’arbitrage du sentiment ou de la raison, et lorsqu’il s’agira de l’intérêt des enfants, je ne vois pas pourquoi l’on se méfierait de la sollicitude de la mère puisqu’on reconnaît que c’est elle qui a l’amour le plus vif et le plus soutenu de la progéniture (…).
George Sand au Comité Central de la gauche, mi-avril 1848

Il y a deux sortes de propriétés comme il y a deux sortes de vies. Il y a la propriété particulière et individuelle, comme il y a la vie particulière et individuelle. Il y a la propriété commune et publique, comme il y a la vie publique et commune ; (…) la richesse de tous est devenue l’enjeu d’une classe privilégiée…
George Sand, Correspondance, Lettre à Charles Poncy, août 1848


Un roman n’est pas autre chose que le résumé plus ou moins réussi de ce que nous observons au-dehors et de ce que nous bâtissons en nous-mêmes.
George Sand, Correspondance, Lettre à M., 4 septembre 1855


Tu ne veux pas être l’homme de la nature. Tant pis pour toi, tu attaches dès lors trop d’importance au détail des choses humaines et tu ne te dis pas qu’il y a en toi-même une force naturelle qui défie les si et les mais du bavardage humain. Nous sommes de la nature, dans la nature, par la nature et pour la nature. Le talent, la volonté, le génie sont des phénomènes naturels comme le lac, le volcan, la montagne, le vent, l’astre, le nuage. Ce que l’homme tripote est gentil ou laid, ingénieux ou bête ; ce qu’il reçoit de la nature est bon ou mauvais mais cela est. Cela existe et subsiste.
George Sand, Correspondance, Lettre à Gustave Flaubert, juillet 1875


Eh quoi, tu veux que je cesse d’aimer ? Tu veux que je dise que je me suis trompée toute ma vie, que l’humanité est méprisable, haïssable, qu’elle a toujours été, qu’elle sera toujours ainsi ? Et tu me reproches ma douleur comme une faiblesse, comme le puéril regret d’une illusion perdue ? Tu affirmes que le peuple a toujours été féroce, le prêtre toujours hypocrite, le bourgeois toujours lâche, le soldat toujours brigand, le paysan toujours stupide ? Tu dis que je savais tout cela dès ta jeunesse et tu te réjouis de n’en avoir jamais douté parce que l’âge mûr ne t’a apporté aucune déception : tu n’as donc pas été jeune ? Ah ! nous différons bien, car je n’ai pas cessé de l’être si c’est d’être jeune que d’aimer toujours ! (…) Me trouveras-tu un refuge dans la vieillesse qui rapproche de la mort ? Et que m’importe à présent la mort ou la vie pour moi-même ? Je suppose qu’on meure tout entier, ou que l’amour ne nous suive pas dans l’autre vie, est-ce que, jusqu’au dernier souffle, on n’est pas tourmenté du désir, du besoin impérieux d’assurer à ceux qu’on laisse toute la somme du bonheur possible ? Est-ce qu’on peut s’endormir paisiblement quand on sent la terre ébranlée prête à engloutir tous ceux pour qui on a vécu ? (…) Non, non, on ne s’isole pas, on ne rompt pas avec les liens du sang, on ne maudit pas, on ne méprise pas son espèce. L’humanité n’est pas un vain mot. Notre vie est faite d’amour, et ne plus aimer c’est ne plus vivre.
George Sand, Correspondance, Lettre à Gustave Flaubert, 14 septembre 1871

Je sais ou je prévois tous les dangers de mes hardiesses ; mais j’ose toujours : je puise mon courage à une source inépuisable, ma loyauté. Le monde ne m’en tient pas compte ; mais je marche toujours, et j’arriverai peut-être à le convaincre. Un jour il me connaîtra sans doute, et si ce jour n’arrive pas, peu importe, j’aurai ouvert la voie à d’autres femmes. D’autres femmes réussiront, d’autres femmes oseront être franches ; et sans dépouiller la douceur de leur sexe, elles prendront peut-être la fermeté du vôtre. Elles oseront se confier à leur propre force, fouler aux pieds l’hypocrite prudence, ce rempart du vice, et dire à leur amant : « Celui-ci n’est que mon ami », sans que l’amant les soupçonne ou les épie…
George Sand, Le Secrétaire intime, 1834


Quand la jeunesse ne peut manifester ce qu’elle a de grand et courageux dans le cœur que par des attentats à la société, il faut que la société soit bien mauvaise.
George Sand, Horace, 1841

Source : le site du bicentenaire

 

 

Actualité :

BOUQUINS
     
Diane de Margerie (Prix Medicis de l'essai 2004)
Aurore et George
Albin Michel,
Paris, 2004, 188 p.,
10 x 20 cm, 12 €.

C'est Aurore des années 1804-1833, future George Sand, qui est l’héroïne de ce livre. Témoin, dès l’âge de quatre ans, de scènes familiales violentes, elle est envahie de frayeurs à la pensée des deuils qui l’ont traumatisée et révoltée d’être séparée de sa mère Sophie. A partir de ce premier amour et d'une enfance vécue dans un monde féminin et clos, sans cesse écartelée entre deux mentalités, deux catégories sociales, elle refusera de choisir entre amour et haine, pour former avec sa mère un couple soudé sur fond de séparations et de tragédies. Si George a écrit, c’est pour tisser la trame de la fiction et consoler ainsi Aurore, car si « on dit que les larmes de l’enfance ne sont rien, on se trompe. Elles sont aussi amères que celles qui coulent plus tard ».

Avec le regard aigu de la psychologue et le talent de la romancière, Diane de Margerie, couronnée pour l'ensemble de son œuvre par le prix Prince Pierre de Monaco, nous livre, dans une langue à la fois percutante et poétique, une George Sand méconnue et bouleversante.

Sources : Les amis de George

     

 

 

George Sand, la lune et les sabots - Huguette Bouchardeau - éd. HB Editions : A l'occasion du bicentenaire de la naissance de George Sand, Huguette Bouchardeau, l'une de ses biographes, bat en brèche les clichés sur «la bonne dame de Nohant»

Lire l'article dans l'Express Livre

     
   

George Sand et Colette: ce que les femmes leur doivent :
Il y a deux cents ans naissait George Sand, voici cinquante ans mourait Colette. Deux écrivains, deux femmes indépendantes qui ont considérablement marqué leur époque et durablement bousculé les mentalités. Les femmes d'aujourd'hui leur doivent tant... Inventaire et reportage.
par Marie Gobin, Vanessa Postec :
http://www.lire.fr/

     
Presses Universitaires de Grenoble  

Mademoiselle La Quintinie suivi de – A propos des Charmettes - George Sand - Collection : Littérature française - textes et critiques - Prix : 23,00 € / 150,87 F - ISBN : 2 7061 1230 1
Jean Courrier*, qui présente cette édition, a dirigé la revue Présence de George Sand et les Éditions de l’Aurore. Spécialiste de George Sand, il a publié plusieurs éditions critiques de ses romans : La Ville noire (PUG), Le Marquis de Villemer (Aurore), La Petite Fadette (De Borée) et, en collaboration avec Jean-Hervé Donnard, Le Péché de Monsieur Antoine (Aurore).

 
EXPO :
 

Une très belle exposition sur Sand et Rousseau m'a été signalée par Monsieur Jean Courrier*. Elle se déroule à Chambéry, Maison des Charmettes, du 4 juin au 31 décembre 2004.

*Jean COURRIER a dirigé la revue Présence de Ceorge Sand et les Editions de l’Aurore. Spécialiste de George Sand, il a publié plusieurs éditions critiques de ses romans: La Ville noire (PUG), Le Marquis de Villemer (Aurore), La Petite Fadette (De Borée) et, en collaboration avec Jean-Hervé DONNARD, Le Péché de Monsieur Antoine (Aurore).

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George Sand appréciait beaucoup Rousseau. Elle visite en 1861 la maison des Charmettes, près de Chambéry, où a vécu Rousseau plus d’un siècle auparavant.
La maison des Charmettes, en cette année du bicentennaire, célèbre cette communion de pensée par une exposition "Sand et Rousseau". L’occasion de découvrir ou retrouver cette magnifique petite maison.
Renseignements :
http://www.mairie-chambery.fr/
http://www.georgesand.culture.fr
http://www.savoie-patrimoine.com/


 

 

Les liens à visiter :

Le site officiel

Le site du bicentenaire

Le site des amis de George

Le site de Cécile PICHOT consacré à George Sand

Biographie de George Sand

Sand et Colette par le Nouvel Observateur

Sand et Colette par le magazine Lire

Et la célèbre lettre de Sand à Musset à décoder

 

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