
Je t’aime, George Sand, la dame du Berry,
Rebelle à qui la vie n’a pas toujours souri,
Femme indisciplinée qui fut à son époque,
De celles qui défient, de celles qui provoquent,
Rejetant l’interdit, les us et les coutumes.
Lorsque tu revêtais cet étrange costume
Qui faisait s’étonner et jaser le bourgeois,
Dieu ! Que j’aurais voulu être à côté
de toi !
Oui,
j’aurais applaudi l’habitude bizarre
Que tu avais d’aimer à fumer le cigare.
Oui, j’aurais approuvé le prénom que tu pris
Pour parler politique, ou signer tes écrits.
Oui, j’aurais avec toi, sans peur et sans complexes,
Ainsi que tu le fis, défendu notre sexe.
Souvent, dans
les allées du château de Nohant,
Sous les arbres fleuris caressés par le vent,
J’aurais suivi tes pas quand tu te promenais
Avec l’ami Balzac, ou Alfred de Musset.
Dans le salon doré, par les doux soirs de juin,
J’aurais vibré souvent aux valses de Chopin.
Je t’aime
George Sand, épouse complaisante
D’un mari débauché qui courait les servantes.
Tu lui rendis c’est vrai, la monnaie de sa pièce,
Et le trompas aussi sans aucune faiblesse,
Et dussé-je choquer puritains et dévots,
Je crois bien qu’à cela j’aurais crié bravo
!
Je t’aime
George Sand. Ce n’est pas d’aujourd’hui.
La petite Fadette et François le Champi,
Indiana, Consuelo et puis La mare au diable,
Avaient trouvé jadis place dans mon cartable.
Mais je ne pensais pas que tant d’années après,
Au déclin de la vie le désir me prendrait
De revenir à toi, par un simple poème,
Pour te dire humblement, simplement, que je t’aime !
Renée
Jeanne Mignard©
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Un regard
sur la femme
de lettres, la femme d'engagements...
Quelques
citations
Toute la
logique humaine est annulée quand, au lieu de s’élever
au dessus des intérêts matériels, l’homme fait
de ces intérêts le mobile absolu de sa conduite.
George Sand, Journal d’un voyageur pendant la
guerre, 1870
L’art
n’est pas une étude de la réalité positive
: c’est une recherche de la vérité idéale.
(…) Tout ce que l’artiste peut espérer de mieux, c’est
d’engager ceux qui ont des yeux à regarder aussi.
George Sand, La Mare au Diable, 1846
Ne peut-on aimer sans risquer de perdre ?
George Sand, Correspondance, Lettre à Aurélien
de Sèze, 12 novembre 1825
La société ne doit rien exiger de celui qui n’attend
rien d’elle.
George Sand, Indiana, 1832, conclusion
Il y a un trésor dans la terre. Il n’est à personne
; il est à tout le monde.
Tant qu’un chacun le cherchera pour le prendre et pour le garder
à lui tout seul, aucun ne le trouvera. Ceux qui voudront le partager
entre tout le monde, ceux-là le trouveront…
George Sand, Jeanne, 1844
Citoyens,
Ouvriers des villes et des manufactures, généreux enfants
de la République, c’est vous qui formez la majorité
des électeurs dans les vastes et nombreux foyers de l’industrie.
Il importe que vous vous rendiez compte de vos souffrances, de vos droits
et de vos justes prétentions. Faites-les connaître, parlez
à vos candidats, parlez à la France ce langage éloquent
et simple de la vérité que la France n’a jamais entendu
encore d’une manière officielle.
George Sand, Bulletin de la République n°8,
Paris, 28 mars 1848
La République est la plus belle et la meilleure forme des sociétés
modernes. (…)
La République que nous inaugurons n’aura que des hommes libres,
égaux en droits. Elle vivra ; elle est à la hauteur du temps
où nous sommes.
Qu’aucun de nous ne soit au-dessous d’elle. Condamner l’idée
de République, c’est se condamner soi-même. Dire qu’elle
est impraticable, c’est se reconnaître indigne de la grandeur
et de la noblesse qu’elle confère à l’homme.
George Sand, Un mot à la classe moyenne, 3 mars
1848
Je relis tout cela par hasard. J’étais amoureuse de ce livre,
je voulais y écrire de belles choses. Je n’y ai écrit
que des bêtises. Tout cela me semble emphatique aujourd’hui.
Je croyais pourtant bien être de bonne foi. Je m’imaginais
me résumer. Est-ce qu’on peut se résumer ? Est-ce
qu’on peut se connaître ? Est-ce qu’on est jamais quelqu’un
? Je n’en sais plus rien. Il me semble qu’on change de jour
en jour et qu’au bout de quelques années on est un être
nouveau. J’ai beau chercher en moi, je n’y retrouve plus rien
de cette personne anxieuse, agitée, mécontente d’elle-même,
irritée contre les autres. J’avais sans doute la chimère
de la grandeur.
George Sand, Journal intime, Septembre 1868
J’ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois mais
j’ai aimé.
George Sand, Correspondance, Lettre à Musset,
12 mai 1834
Le peuple sage et moral n’a pas le temps, ou le moyen ou l’envie
d’aller au spectacle. Et puis les théâtres sont arrangés
de façon à ce que les gros sous des basses places ne les
fassent pas vivre. Il leur faut les écus de la bourgeoisie. Et
tout est arrangé ainsi dans la société, c’est
pourquoi les révolutions où la bourgeoisie se renferme et
serre ses écus, paralysent la vie sociale, artistique, commerçante,
populaire, et amènent d’inévitables réactions
auxquelles le peuple ouvre les bras par dégoût de ses privations
et dominations.
George Sand, Correspondance, Lettre à Pierre
Bocage, février 1851
La peine
de mort, le régime cellulaire pour les criminels, sont aussi coupables,
aussi absurdes que l’épouvante, la séquestration et
le désespoir auquel on a longtemps abandonné les fous ;
et auxquels on les abandonne encore hors de France dans des contrées
qui se disent civilisées.
George Sand, Correspondance, Lettre à David
Richard, 29 août 1842
C’est dans le peuple et dans la classe ouvrière surtout qu’est
l’avenir du peuple. (…)
Quand le peuple donnera l’exemple de la fusion de ses intérêts
individuels en un seul intérêt, exemple admirable qu’il
a déjà donné sur plusieurs points de la France, croyez-moi,
le peuple sera bien fort et bien grand. C’est lui qui sera le maître
du monde, l’initiateur à la civilisation, le nouveau messie.
Il donnera un victorieux démenti aux déclarations antisociales
qui nous inondent et un terrible soufflet à la fausse science,
et à la vaine sagesse de nos économistes et de nos législateurs,
les scribes et les pharisiens du temps présent.
George Sand, Correspondance, Lettre à Agricol
Perdiguier, 20 août 1840
Moi, je crois que dans cinquante ans je serai parfaitement oubliée
et peut-être durement méconnue. C’est la loi des choses
qui ne sont pas de premier ordre et je ne me suis jamais crue de 1er ordre.
Mon idée a été plutôt d’agir sur mes
contemporains, ne fût-ce que sur quelques uns, et de leur faire
partager mon idéal de douceur et de poésie.
George Sand, Correspondance, Lettre à Gustave
Flaubert , 8 décembre 1872
Comme femme, je suis toujours forcée de reculer devant la crainte
d’insultes pires que des coups, devant ces sales invectives que
les braves de la bourgeoisie ne se font pas faute d’adresser au
plus faible, à la femme de préférence à l’homme.
George Sand, Correspondance, Lettre à Armand
Barbès , 10 juin 1848
On demande
où sera le principe d’autorité nécessaire à
l’existence de la famille si cette autorité est partagée
également entre le père et la mère. Nous disons que
l’autorité ne sera pas immobilisée dans les mains
de celui qui peut impunément avoir toujours tort, mais qu’elle
se transportera de l’un à l’autre, suivant l’arbitrage
du sentiment ou de la raison, et lorsqu’il s’agira de l’intérêt
des enfants, je ne vois pas pourquoi l’on se méfierait de
la sollicitude de la mère puisqu’on reconnaît que c’est
elle qui a l’amour le plus vif et le plus soutenu de la progéniture
(…).
George Sand au Comité Central de la gauche,
mi-avril 1848
Il y a deux
sortes de propriétés comme il y a deux sortes de vies. Il
y a la propriété particulière et individuelle, comme
il y a la vie particulière et individuelle. Il y a la propriété
commune et publique, comme il y a la vie publique et commune ; (…)
la richesse de tous est devenue l’enjeu d’une classe privilégiée…
George Sand, Correspondance, Lettre à Charles
Poncy, août 1848
Un roman n’est pas autre chose que le résumé plus
ou moins réussi de ce que nous observons au-dehors et de ce que
nous bâtissons en nous-mêmes.
George Sand, Correspondance, Lettre à M., 4
septembre 1855
Tu ne veux pas être l’homme de la nature. Tant pis pour toi,
tu attaches dès lors trop d’importance au détail des
choses humaines et tu ne te dis pas qu’il y a en toi-même
une force naturelle qui défie les si et les mais du bavardage humain.
Nous sommes de la nature, dans la nature, par la nature et pour la nature.
Le talent, la volonté, le génie sont des phénomènes
naturels comme le lac, le volcan, la montagne, le vent, l’astre,
le nuage. Ce que l’homme tripote est gentil ou laid, ingénieux
ou bête ; ce qu’il reçoit de la nature est bon ou mauvais
mais cela est. Cela existe et subsiste.
George Sand, Correspondance, Lettre à Gustave
Flaubert, juillet 1875
Eh quoi, tu veux que je cesse d’aimer ? Tu veux que je dise que
je me suis trompée toute ma vie, que l’humanité est
méprisable, haïssable, qu’elle a toujours été,
qu’elle sera toujours ainsi ? Et tu me reproches ma douleur comme
une faiblesse, comme le puéril regret d’une illusion perdue
? Tu affirmes que le peuple a toujours été féroce,
le prêtre toujours hypocrite, le bourgeois toujours lâche,
le soldat toujours brigand, le paysan toujours stupide ? Tu dis que je
savais tout cela dès ta jeunesse et tu te réjouis de n’en
avoir jamais douté parce que l’âge mûr ne t’a
apporté aucune déception : tu n’as donc pas été
jeune ? Ah ! nous différons bien, car je n’ai pas cessé
de l’être si c’est d’être jeune que d’aimer
toujours ! (…) Me trouveras-tu un refuge dans la vieillesse qui
rapproche de la mort ? Et que m’importe à présent
la mort ou la vie pour moi-même ? Je suppose qu’on meure tout
entier, ou que l’amour ne nous suive pas dans l’autre vie,
est-ce que, jusqu’au dernier souffle, on n’est pas tourmenté
du désir, du besoin impérieux d’assurer à ceux
qu’on laisse toute la somme du bonheur possible ? Est-ce qu’on
peut s’endormir paisiblement quand on sent la terre ébranlée
prête à engloutir tous ceux pour qui on a vécu ? (…)
Non, non, on ne s’isole pas, on ne rompt pas avec les liens du sang,
on ne maudit pas, on ne méprise pas son espèce. L’humanité
n’est pas un vain mot. Notre vie est faite d’amour, et ne
plus aimer c’est ne plus vivre.
George Sand, Correspondance, Lettre à Gustave
Flaubert, 14 septembre 1871
Je sais ou
je prévois tous les dangers de mes hardiesses ; mais j’ose
toujours : je puise mon courage à une source inépuisable,
ma loyauté. Le monde ne m’en tient pas compte ; mais je marche
toujours, et j’arriverai peut-être à le convaincre.
Un jour il me connaîtra sans doute, et si ce jour n’arrive
pas, peu importe, j’aurai ouvert la voie à d’autres
femmes. D’autres femmes réussiront, d’autres femmes
oseront être franches ; et sans dépouiller la douceur de
leur sexe, elles prendront peut-être la fermeté du vôtre.
Elles oseront se confier à leur propre force, fouler aux pieds
l’hypocrite prudence, ce rempart du vice, et dire à leur
amant : « Celui-ci n’est que mon ami », sans que l’amant
les soupçonne ou les épie…
George Sand, Le Secrétaire intime, 1834
Quand la jeunesse ne peut manifester ce qu’elle a de grand et courageux
dans le cœur que par des attentats à la société,
il faut que la société soit bien mauvaise.
George Sand, Horace, 1841
Source :
le site du bicentenaire
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