C'est en Haute Marne, à Choiseul, que
naît Yves Simon le 3 mai 1945. Il passe une enfance rêveuse
dans les Vosges entre un papa cheminot, André, et une maman infirmière,
Yvonne. Le métier de son père lui permet de voyager gratuitement.
Bourlingueur en herbe, il a ainsi l'occasion de découvrir Paris
et de nombreux coins de France. Lorsqu'il a 15 ans, il navigue déjà
entre musique et littérature. Ses passions et centres d'intérêt
sont nombreux et d'essence plutôt artistique.
A 15 ans, avec quatre copains, Yves fonde les Korrigans, un groupe dans
lequel il tient la guitare. Leur répertoire lorgne vers le rock'n'roll
qui est alors en train de révolutionner la vie des adolescents
du monde entier. Tous en costume sage, façon Beatles, ils jouent
entre autres, au Casino de Contrexéville et de Vittel. Mais Yves
écoute autant Brassens et Gréco que les Beatles ou les Stones
qui surgissent à cette époque. Cependant, les mots et l'écriture
restent ses passions les plus fortes. Après le baccalauréat
en 61, il fréquente la faculté de Nancy en classe de théâtre
parallèlement à des cours d'art dramatique au conservatoire
local. C'est une période un peu dilettante ou Yves ne sait pas
trop dans quelle direction s'orienter. Il écrit des chansons, gratte
un peu sa guitare et lit assidûment.
Polyvalence
A l'automne 64, il s'installe à Paris dont l'activité culturelle
le séduit. Inscrit à la Sorbonne, il prépare également
le concours d'entrée en classe préparatoire pour l'IDHEC,
le nec plus ultra des écoles de cinéma. En fac, il décroche
un diplôme de lettres mais laisse tomber l'IDHEC. Il préfère
alors se consacrer à la musique qui très vite semble fort
prometteuse. Ses chansons en poche, il participe en décembre 65
à un jeu télévisé "Le Jeu de la chance",
qui le mène tout droit à une audition dans les studios des
disques Pathé Marconi. Finalement, c'est chez Fontana qu'il décroche
un contrat et enregistre deux 33 tours en 67 ("Ne t'en fais pas petite
fille) et en 69 ("La Planète endormie"). Mais ces deux
premiers disques un peu brouillons passent inaperçus. Signalons
aussi que certaines de ses chansons sont interprétées par
Claudie Chauvet et Annabel Buffet. Mais rien qui ne retienne vraiment
l'attention du public. Yves Simon abandonne alors Paris pour voyager.
Il sillonne ainsi la Turquie et les Balkans avant de traverser les Etats-Unis
de part en part.
Ecrit depuis 1969, Yves publie son tout premier roman en janvier 71, "Les
Jours en couleur", suivi de près par "L'homme arc-en-ciel"
dès septembre. Ces premiers ouvrages sont des succès et
le talent d'écriture du jeune homme sont salués unanimement.
A tel point qu'on lui propose dans la foulée de travailler dans
la presse. C'est ainsi que dans les mois qui suivent, on le lit dans le
magazine Actuel et on l'entend sur l'antenne radio d'Europe 1. Sa polyvalence
fait déjà de lui un artiste à part et surtout, inclassable.
Au pays des merveilles
De l'écriture, Yves Simon revient tout naturellement à la
chanson. En 1972, sort un 45 tours qui connaît un certain succès,
"Les Gauloises bleues". Avant même qu'il ne sorte un "premier"
album, il se retrouve en première partie de celui qu'il admire
tant, Georges Brassens, à Bobino en novembre 72. A cette époque,
on le voit aussi en première partie de Maxime Le Forestier et de
Philippe Chatel, deux autres admirateurs de Brassens.
Déjà sur scène, son répertoire annonce le
style de son album "Au pays des merveilles de Juliet" qui sort
en 73. Yves Simon se révèle un auteur à la fois songeur
et très éveillé sur le monde, pudique mais précis
dans ses mots. Le charme et la couleur originale de son travail sont récompensés
par un succès critique et public indéniable. Ce 33 tours
obtient le Grand Prix de l'Académie du disque. Quant à la
chanson-titre de l'album, inspirée par la comédienne Juliet
Berto, elle devient un des piliers de son répertoire. Les deux
artistes se retrouvent à la même époque sur le film
de Bertrand Van Effenterre, "Erica Minor".
Le disque suivant, "Respirer chanter" en 74, confirme le talent
d'Yves Simon. L'ensemble très inspiré par les Etats-Unis,
est marqué par le titre "J'ai rêvé New York",
texte scandé comme un rap avant l'heure. Très intimiste,
cet album remporte pourtant un vrai succès récompensé
par un disque d'or en quelques semaines.
Première grande scène parisienne pour Yves Simon fin 1974
avec une série de concerts à l'Olympia. A cette occasion,
il fait venir pour la première fois en France l'accordéoniste
argentin Astor Piazzola. Cette même année, il donne sa toute
première tournée au Japon, pays avec lequel il restera toujours
très lié. En mai 75, paraît un des rares albums du
chanteur enregistrés en concert, "Yves Simon en concert au
Théâtre de la ville".
Ecrire, chanter,...
En 1975, Yves Simon est plus que jamais dans l'actualité avec deux
albums et un nouveau livre. Ce dernier, un roman, se nomme "Transit-Express",
comme le nouveau groupe du chanteur. Et c'est ce groupe qu'on retrouve
sur son premier disque enregistré en public, mais surtout sur son
album "Raconte-toi". Toujours brillamment écrit, ce troisième
opus renferme quelques perles telles "Les Films de Polanski"
ou "Les Héros de Barbès".
Yves Simon est désormais un artiste largement reconnu. Les deux
semaines qu'il passe au Théâtre de la Ville en mai ne font
qu'affirmer cette réussite. Cependant, une légère
lassitude se lit dans l'album suivant, "Macadam" en 76. Le ton
est plus amer, plus désenchanté. Yves Simon est au sommet
de la réussite. Les tournées sont incessantes mais l'enthousiasme
se ternit parfois. Sur ce disque, Yves est entouré de noms importants
dans le paysage musical français, de Jacques Higelin à Laurent
Voulzy en passant par les musiciens Jean-Jacques Milteau à l'harmonica
ou Marcel Azzola au bandonéon.
Arrive enfin l'année 77, tournant dans la vie et la carrière
d'Yves Simon. Après cinq ans d'un parcours sans faute, le jeune
homme âgé de 32 ans, commence à juger son rythme de
vie trop lourd. Les albums s'enchaînent et les tournées fort
nombreuses ne laissent guère de temps à Yves Simon de se
consacrer à ses passions parallèles, l'écriture,
le voyage, la réflexion et l'observation du monde.
Cette année-là, un nouvel album est enregistré et
distribué, "Un autre désir". On y retrouve des
noms tels que Pierre Akendengué, Sapho ou Claude Engel. Mais l'enfilade
des tournées du Japon à l'Allemagne en passant par le Canada
et l'Elysée-Montmartre à Paris finissent de convaincre Yves
Simon de faire une pause dans une carrière déjà fort
riche mais épuisante. Sans quitter la musique, il décide
de quitter la scène.
Fin 77, sort la bande originale du film de Diane Kurys "Diabolo Menthe",
énorme succès populaire tant au cinéma que grâce
à la chanson-titre.
Une vie comme ça
C'est entre les tournées et les voyages plus personnels que Yves
Simon finit d'écrire "L'Amour dans l'âme", son
quatrième roman. Comme les précédents, il connaît
un certain succès de librairie et est traduit dans plusieurs langues.
Absent de la scène, Yves Simon retrouve du temps pour écrire
et travaille à nouveau pour le magazine Actuel. Il écrit
également pour le cinéma via le nouveau film de Diane Kurys,
"Cocktail Molotov".
Dès 79, retour sur la scène musicale avec un nouvel album,
"Demain je t'aime". Il participe également à l'album
collectif destiné aux enfants, "Emilie Jolie" La barbe
du chanteur est en train de disparaître. Les temps changent et cette
évolution est nettement marquée avec le disque suivant,
"Une vie comme ça", en 1981. Cette fois, le son, le ton,
le look prennent le chemin des années 80. Le rock synthétique
prend le pas sur les guitares des années 70. L'habillage général
est plus urbain, plus inquiet, moins idéaliste. Yves Simon chante
"Qu'est-ce que sera demain ?" et entre de plein fouet dans les
années Mitterrand dont il devient un observateur très actif.
Très attaché au Japon, Yves Simon remonte exceptionnellement
sur scène à Hiroshima le 6 août 1982 pour la commémoration
de l'explosion atomique du 6 août 1945. Il chante à cette
occasion devant 20.000 personnes. La même année sort la traduction
japonaise de "L'Amour dans l'âme". La plupart de ses ouvrages
seront d'ailleurs traduits en japonais.
Nouvel album en 83, "USA-USSR", marqué par plus de rudesse.
L'ambiance est tropicale avec "Tropiques", "Amour-Sagaie"
et surtout "Amazoniaque", titre phare de l'album et qui fait
l'objet d'un clip vidéo très en vogue dans les années
80. C'est justement lors du tournage du clip d'un autre titre de l'album,
"Barcelone" qu'il rencontre la comédienne Pascale Rocard
qui va partager sa vie quelques années.
Parallèlement, paraît aussi un nouveau livre en 83, "Océans".
Très inspiré de sa propre existence, cet ouvrage est son
premier gros succès de librairie.
Liaisons étrangères
Toujours très marqué par les terres étrangères,
Yves Simon sort un neuvième disque en 1985, "L'Abyssinie".
On y sillonne encore le monde via "Déplacement du centre du
monde vers le Pacifique" et "Amour à Tokyo". D'une
errance musicale, on file vers une errance littéraire avec un recueil
de textes, "Tard dans la nuit" qui paraît peu après.
L'album "Liaisons" qui sort en 1988 connaît un vif succès
grâce aux titres "Nés en France" ou "Deux
ou trois choses que je sais d'elle". Parmi les invités, on
distingue Jean-Jacques Goldman, ami du chanteur, et partenaire occasionnel
pour deux duos de l'album. Année faste pour Yves Simon, il se voit
décerner en 88 un prix littéraire, le Prix des Libraires,
pour "Le Voyageur magnifique".
Les années 80 se terminent mais les luttes socio-politiques sont
plus que jamais nombreuses. Yves Simon s'implique régulièrement
dans tous les combats pour le respect des libertés. C'est ainsi
que le 10 mars 89, il est signataire de l'Appel contre tous les intégrismes.
Musique, littérature, politique, son nom est associé à
de nombreux événements. Ses amitiés ont toujours
été fortes et parfois prestigieuses de Simone Signoret à
Serge Gainsbourg en passant par le Président Mitterrand. En 1991,
il est un des héros des prix littéraires de l'automne. Un
des plus fameux d'entre eux, le Prix Médicis, lui est décerné
pour "La Dérive des sentiments", ce qui fait de lui un
auteur définitivement consacré. Avec la sortie de son intégrale
en 10 CDs fin 91, c'est l'auteur-compositeur Yves Simon qui est en quelque
sorte couronné.
Amour
En 1992, Yves Simon signe la bande originale du film "Après
l'amour", troisième collaboration avec la réalisatrice
Diane Kurys. Mais au cours des années 80, il délaisse un
peu la musique pour se consacrer aux mots seuls. Un recueil de textes
paraît en 1993, "Sorties de nuit". Cette formule très
réussie est récompensée par le Grand Prix de poésie
de la Sacem (Société des Auteurs compositeurs) en 94.
Pas de récompense pour son roman suivant en 97, "Le Prochain
amour", mais un excellent accueil critique. En revanche en 1998,
son recueil de nouvelles "Un instant de bonheur" obtient le
Grand Prix de la chanson de l'Académie française.
En 1999, dans le journal le Monde, Yves Simon publie un article inspiré
de la guerre au Kosovo. Cet article est accessible sur son site Internet
www.yves-simon.com. Mais l'événement 99, c'est l'écriture
et l'enregistrement d'un nouvel album, le premier en onze ans. Début
juillet, sort "Sarah et Tobie", premier extrait de l'album,
sort de "rap biblique" tel que le décrit l'artiste lui-même.
Enfin, c'est le 24 août que paraît "Intempestives"
qui marque le grand retour de Yves Simon sur la scène musicale.
Comme il l'avait déjà fait dans son album précédent,
Yves Simon aborde le métissage des genres musicaux mais en douceur.
Quelques envolées de violon arabisantes, une pincée de raï,
un phrasé qui rappelle le rap. De plus, il confirme son intérêt
pour les faits de son temps comme le prouvent les thèmes abordés
: le fait divers et Florence Rey, jeune femme condamnée à
18 ans de prison après un raid sanglant en plein Paris ("Pardonnez"),
l'art, la peinture, la création ("Basquiat") ou les droits
de l'Homme et la condition des femmes ("Les Souffrantes").
Septembre 99
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